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1 PME... 1 FEMME

CAUDALIE
Le grand cru des crèmes anti-rides

Revue PME - n°19 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2004

Carole Faure est directrice générale de Kaolink, une jeune entreprise qui développe des jeux pour la téléphonie mobile. Avec elle, la ruée vers l’or numérique trouve un nouveau souffle.

Aidez Narcisse Troumpoun, le petit ourson postier, à collecter les lettres disséminées dans le décor et à les ramener dans la boite aux lettres principale. L’aventure de ce héros virtuel a été inventée par Kaolink. "Ce petit personnage est né tout naturellement pour incarner une histoire ludique lorsque nous avons créé notre société et que nous cherchions des concepts de jeu." Quand elle se remémore les débuts de Kaolink, Carole Faure, présidente-directrice générale de Kaolink, évoque tout de suite ses associés : Stéphane Arson et Philippe Tesson les artistes, Olivier Richez et Thierry Costa, les techniciens. Car l’histoire de son entreprise c’est d’abord celle d’une petite équipe qui s’est constituée chez Sony, et qui a décidé de vivre de l’engouement du public pour le jeu mobile. Il n’y a pas si longtemps le portable était une sorte de talkie-walkie essentiellement réservé à des initiés. Aujourd’hui, le téléphone mobile mute et devient console de jeux sur un marché massivement joueur.

Un marché juteux, en effet ! Une étude de Frost et Sullivan annonce que le jeu sur téléphones mobiles pourrait générer un chiffre d’affaires de 7 Md€ dès 2006 en Europe, contre environ 900 millions en 2003. Les éditeurs de jeux mobiles, quant à eux, déclarent plus de trois cent millions de jeux téléchargés dans le monde en 2003. Certains jeux auraient même été distribués à plus de 250 millions d’exemplaires. Le parc mondial de téléphones avec les applications Java (langage de program-mation de la presque totalité des jeux pour mobiles) s’élève à 100 millions et devrait atteindre le milliard en 2007. On dit également que le jeu mobile est parvenu à toucher un public plus large que celui des jeux sur l’internet. "Autant de femmes que d’hommes", précise Carole Faure.

LE JACKPOT
DES JEUX MOBILES

Pourtant, lorsque Carole Faure crée son entreprise, en octobre 2000, la fête internet est finie. Plus personne ne croit aux start-up et surtout pas les banquiers qui y ont laissé des plumes. Mais son projet prend forme sur un marché de niche. "A l’époque les jeux sur mobiles n’existaient pas encore", précise la dirigeante de Kaolink, formée à la Faculté Dauphine à Paris où elle obtient une maîtrise de gestion-finance-marketing. En 1988, à tout juste 24 ans, elle crée sa première entreprise dans l’édition de livres de jeux. Ensuite, elle décide d’aborder le monde du salariat chez Atari (ex-infogrames), précurseur du jeu vidéo puis chez Sony. "J’étais dans le studio de développement au moment du lancement de la Play Station 1. J’ai tout vu de l’intérieur". Ce qui lui donne une magnifique occasion d’observer de près le monde du jeu interactif. 1999, retour chez Atari en tant que responsable de la production de jeux vidéo. Début 2000, Carole Faure quitte une situation confortable pour démarrer à zéro en créant sa propre entreprise. Elle est consciente que, passé un certain niveau de responsabilité, il devient plus intéressant d’innover et d’imaginer ses propres produits. Octobre de la même année, la SARL est créée avec des fonds propres. "Au début, pour faire de la trésorerie j’ai travaillé en solo en effectuant du conseil en production pour Chaman-Wanadoo. Mes associés sont arrivés en juin 2001 pour la signature du premier contrat de jeu avec In-Fusio." Puis tout s’enchaîne. Kaolink est retenu par des clients prestigieux : Orange, Sagem, Vivendi Universal Games…
Décembre 2001, Kaolink effectue une augmentation de capital et intègre deux nouveaux associés et en moins de deux ans la société étoffe son catalogue avec six jeux originaux et développe neuf jeux pour des éditeurs.


www.kaolink.com

UNE FEMME DANS
UN MONDE D’HOMMES

Dans le monde virtuel, et particulièrement celui des jeux, les femmes ne sont pas légion. Les concepteurs de ces logiciels sont en majorité des hommes jeunes, ceux-là même qui ont grandi en jouant avec Resident Evil, Tekken ou Final Fantasy. Et pourtant Carole Faure a fait sa place dans cet univers… avec quelques astuces. "Dans notre monde en 3D, la dimension relationnelle prend une place importante. Être une femme peut faciliter le premier contact. Etant peut-être plus attentive et plus conviviale qu’un homme, certains clients se laisseront plus facilement convaincre. Avec quelques clients étrangers c’est parfois désavantageux d’être une femme. Différence de culture certainement", précise Carole Faure qui avoue quelques artifices pour brouiller les apparences. A 40 ans, elle a des allures d’adolescente qui font rimer business et jeunesse : "J’ai adopté le tailleur et j’ai fait un effort supplémentaire pour mieux passer auprès du banquier. Mais le look est moins important que le business-plan. Il faut avoir les reins solides et leur démontrer que l’on a de l’argent." Certains banquiers exigent même un compte de résultat, un prévisionnel sur trois ans et avouent qu’il est normal que le créateur en passe par le parcours du combattant. Chaleureuse, volubile et rigoureuse, le charme a opéré : elle a obtenu facilement son prêt bancaire. Carole Faure a su décrocher d’autres soutiens financiers : aides du CNC branche multi-média (Centre National du Cinéma), un Prêt à la Création d’Entreprise (PCE) et, en janvier 2002, l’entreprise élue lauréate de 92 Entreprendre, a obtenu une subvention. En octobre 2003. Kaolink a intégré deux investisseurs (Ile-de-France Développement et Hedera) et concrétisé un apport en capital de 200 000 €.
"Dans notre métier il faut être très pro. Pour des rendez-vous comportant des enjeux techniques je suis toujours accompagné de l’un de mes associés." Des associés, mais surtout des salariés (moyenne d’âge, 30 ans) qui apprécient la communication fluide et permanente de leur DG. "J’ai opté pour un management basé davantage sur les relations humaines, les échanges plutôt que sur les rapports de force", annonce-t-elle. Ce qui signifie savoir garder des collaborateurs en les motivant sur des projets. Et pour rester à la pointe il faut sauvegarder la mémoire et les idées. "L’ambiance compte beaucoup dans la motivation. Les salariés qui se réalisent dans leur travail n’hésitent pas à faire plus de 35 heures par semaine. Il vaut mieux faire 8h30 par jour et être épanoui que faire 7h18 et se sentir mal dans son job", affirme-t-elle.
Aujourd’hui elle participe à des colloques, anime des conférences et sillonne les salons professionnels. On la trouve au 3 GSM (Salon International du Téléphone à Cannes), à l’E3 aux USA (Salon International du Jeu Vidéo), au MEM de Londres (Marché du Loisir Mobile). Ses objectifs : rechercher des applications novatrices et de nouveaux contacts. Après la période du jeu solitaire, elle aimerait proposer des jeux mobiles multi-joueurs en temps réel. L’année 2005 devrait marquer un nouvelle étape de son développement.

JEUX MOBILES
MULTI-JOUEURS

Une bonne nouvelle, sauf pour ses deux enfants qui trouvent que leur mère consacre trop de temps à inventer des jeux pour les autres. Elle estime cependant que la casquette de chef d’entreprise est compatible avec celle de mère de famille : "C’est une question d’organisation et de motivation." Elle déplore qu’en France, on diabolise les chefs d’entreprises et que les entre-preneurs soient mal considérés. "Il y a une grande majorité de patrons honnêtes qui travaillent beaucoup et qui créent des emplois. Ne pourrait-on pas parler d’eux !".

 

KAOLINK EN CHIFFRES

OCTOBRE 2000 : création de Kaolink
OCTOBRE 2001 : contrat pour 3 jeux avec In-Fusio
JANVIER 2002 : Kaolink réalise un jeu de tennis distribué en Europe
et aux USA pour la Game Boy Advance de Nintendo
AVRIL 2003 : les ventes de jeux réalisées pour In-Fusio dépassent
les 200 000 téléchargements en 3 mois
2004 : 9 salariés.
CA : passe de 70 K€ en 2001 à 520 K€€

 

 

Sommaire numéro n°19

Sommaire Dossier FEMMES

 


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