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ENQUETE
Les réseaux d’accompagnement : accélérateurs de projet
Revue PME - n°19 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2004
Couveuses de projets, pépinières d’entreprises, réseaux d’accompagnement, ils sont devenus un des passages obligés pour réussir une création ou une reprise d’entreprise. Jouer la carte des réseaux d’accompagnement peut donner un sérieux coup de pouce.
Que du beau monde lors de la création de Paris Entreprendre, la 31ème implantation en France de l’Association Réseau Entreprendre. A la tribune, Laurent Degroote, Président National de Réseau Entreprendre. Face à lui, un parterre de chefs d’entreprises : Gonzagues de Blignières, Président du Directoire de Barclays Private Equity, Alain Philippe Etlin, Gérant d’Acofi, Philippe Vigneron PDG d’ADL Partner. Sans oublier un avocat, un expert-comptable. Tous ont des responsabilités dans l’association. Ce matin-là, ils sont réunis car ils ont envie de s’investir et de donner du temps et de l’argent aux futurs créateurs d’entreprises. Et ce qu’ils vont apporter au réseau va être source d’une immense richesse pour eux. Le fait de travailler avec un futur créateur sera un miroir extraordinaire, un apport de ressources et de connaissances. "Dans Réseau Entreprendre, nous sommes toujours dans une logique d’échange, de relations humaines", affirme Laurent Degroote. Réseau Entreprendre est une fédération d'associations de chefs d'entreprise qui aident des créateurs d'entreprises avec des méthodes d'entreprises depuis 1986. A son actif : 1 200 créateurs lauréats, près de 30 M€ engagés sous forme de prêt d’honneur, plus de 65 000 heures de conseils et d'appuis apportés par des chefs d'entreprise et plus de 2 500 chefs d'entreprise engagés. "Notre cœur de cible, ce sont les petits projets à potentiel, les futures PME. Notre intervention vise à aider leur créateur à devenir pleinement chef d'entreprise."
Leur constat : les créateurs sont souvent dans l’urgence et se décident trop vite. Leurs conseils : prendre son temps et se faire aider. En effet, la majorité des créateurs sont pressés et partent à l’aveugle sans préparer leur dossier. Quand on sait, par exemple, que, d’après une étude conduite par Euro-PME à l’occasion du Salon des Entrepreneurs, 69% des créateurs d’entreprise déclarent souffrir d’isolement. Et que les entreprises ayant été accompagnées ont un taux de survie à cinq ans de 70 à 80% (alors que la moyenne nationale plafonne à 50%), la conclusion s’impose. Il y a tout intérêt à se faire aider pour l’élaboration, la validation, puis la mise en oeuvre d’un projet.
PERSONNALITÉ, PASSION
ET REALISME
Laurent Degroote ne sous-estime pas la difficulté de créer son entreprise mais il croit fermement qu’un bon projet bien conseillé doit aboutir. Encore faut-il que le créateur ait l’humilité d’accepter les conseils pour valider son projet. Chez Réseau Entreprendre il existe toute une méthodologie qui tourne bien. La méthode se déroule en quatre phase : L’étude du projet, sa validation, l’agrément du créateur et son accompagnement. "Un futur créateur d’entreprise vient frapper à la porte. On regarde dans un premier temps si son projet n’en n’est qu’au stade de l’idée ou si un véritable plan d’entreprise se dégage. Puis simultanément il y a une étude du dossier qui est faite par les permanents de l’association pour en valider la faisabilité. Certains projets sont écartés car peu réalistes, pas assez mûris, ou ne répondent pas à des besoins. Pour la validation, le projet est présenté devant un comité qui en apprécie le contenu mais surtout évalue le créateur. En effet, la personnalité du porteur de projet est primordiale. C’est quelqu’un qui aura la passion d’entreprendre et qui aura le réalisme nécessaire pour le faire vivre."
| L’ÉTAT DES RESEAUX |
Une dizaine de réseaux sont financés par l’État. Dont trois spécialisés en accueil, en accompagnement et en suivi : Chambres de Commerce, Chambres de Métiers et Boutiques de Gestion. Quatre ont une offre complémentaire de financement : FIR (France Initiatives Réseau), ADIE, Réseau Entreprendre et France Active.
Trois font de l’hébergement : les couveuses, les pépinières et les incubateurs. Tous ces réseaux reçoivent des financements publics pour leur fonctionnement interne et pour les prêts qu’ils distribuent aux créateurs. Les fonds proviennent du secrétariat d’Etat aux PME, du Ministère des Affaires Sociales, du Fonds Social Européen et des Collectivités Territoriales. Des banques comme la CDC, interviennent sur les outils de financement et dotent ainsi les fonds de prêts d’honneur du FIR, du Réseau Entreprendre et de l’ADIE. Des réseaux d’accompagnement pour les femmes se sont créés tel qu’Action’Elles qui a testé son concept à Lyon et à Paris avant d’ouvrir des antennes à Chambéry, Valence et Bourg-en-Bresse. Ce réseau d’accompagnement a mis en place des ateliers thématiques organisés une fois par mois, d’une durée de trois heures, gratuits et qui traitent de sujets tels que l’étude de marché, la gestion du compte-client, la réalisation de tableaux de bord. |
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LA LOI DES TROIS R
A ce stade, Laurent Degroote entend rechercher la règle des 3 R qui sont le Rêve, la Réalisation, et les Résultats. C’est à dire passer du rêve à la réalisation et enfin pouvoir mériter les résultats pour les apprécier, les corriger et s’adapter. Par définition quand on crée une entreprise, tout financier va exiger un business-plan et une certaine visibilité. Dans un projet de création, on part souvent de peu : d’une étude de marché, d’un prévisionnel et puis la réalité est différente parce que le marché n’est pas mûr. Il faut donc s’informer, travailler les études de marché, vérifier qu’il y a une clientèle solvable et anticiper le "temps d’inertie" avant que les intentions des clients se concrétisent. La montée en régime d’une entreprise, c’est toujours plus long qu’on ne le croit. D’où l’importance de l’accompagnement.
Se mettre à son compte est peut-être un choix de vie, mais une création réussie tient aussi à la qualité de l'accompagnement. Chez Réseau Entreprendre, c’est une période où le créateur va être suivi pendant deux ans par un parrain chef d’entreprise. Puis il fera partie d’un "Club Créateur" où tout les mois il rencontrera les autres lauréats, porteurs de projet, pour des échanges d’expériences (problèmes rencontrés, réussites, déconvenues, etc...) suivies par des sessions de formation. Durant deux ans les futurs chefs d’entreprise suivent un parcours initiatique qui leur permettra progressivement d’appréhender leur futur métier. Ils peuvent ensuite s’ils le souhaitent apporter à leur tour leur expertise au sein de Réseau Entreprendre. Les patrons adhérents de l’Association sont un maillon important du dispositif. Ils étudient et valident les dossiers mais peuvent également ouvrir leur carnet d’adresses, ce qui est appréciable quand on cherche les premiers clients. Ils tranchent sur les demandent de prêts et quand ils disent oui, les banquiers partenaires accordent, dans 90% des cas, des crédits représentant 2 à 3 fois le prêt d’honneur.
ALTHEO
ILS ONT FAIT FACE AUX PROBLEMES |
Ils se sont connus chez ABB France (groupe helvético-suédois électro-technique – 120 000 salariés dont 6 000 en France) où ils étaient cadres supérieurs.
"Nous avons participé à de nombreuses fusions-acquisitions, alors nous connaissions bien les problèmes que cela posait. En 2002, nous avons quitté le salariat pour nous lancer dans la création d’entreprise. Nous avons fait nous-mêmes face aux problèmes puisque pendant plus d’un an, nous avons essayé de reprendre une entreprise. Nous avons découvert que c’était le parcours du combattant alors nous avons fini par créer la société que nous aurions aimée trouver pour nous aider à l’époque, c’est-à-dire une structure capable de former et d’accompagner les projets, aussi compétente en création qu’en reprise d’entreprise. C’est ce constat qui nous a convaincu de créer Althéo."
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ACCOMPAGNER
LES REPRENEURS
Pour qu’un projet soit retenu par Réseau Entreprendre, il suffit que le futur chef d’entreprise soit profes-sionnel et présente un véritable projet d’entreprise avec un potentiel et des créations d’emplois. Sur l’ensemble des lauréats, un créateur crée en moyenne 17 emplois. Les créateurs de micro-entreprises ne sont pas la cible. Ils sont aiguillés vers d’autres réseaux d’aide à la création d’entreprise, telles que les Boutiques de Gestion qui sont plus à même d’accueillir et d’accompagner ces créateurs.
Des cadres approchant la quarantaine qui voient leur horizon brouillé par les plans de restructuration rêvent souvent de voler de leurs propres ailes. Ils se lancent dans l’aventure de la reprise d’entreprise. Partant du constat que le temps joue un facteur déterminant dans la réussite d’un projet de reprise – mais aussi de création –, la société Althéo se consacre à l’accélération des processus. "Le temps moyen nécessaire à une reprise ou à une création se situe entre 18 et 24 mois. Les premiers mois de la mise en œuvre d’un tel projet sont décisifs en termes d’énergie, de ressources financières et psychologiques.", explique Martine Story, créatrice d’Althéo avec Thierry Lamarque. "Aussi nous avons élaboré avec un panel de repreneurs et de créateurs un programme de formation et d’accompagnement. Nous nous engageons à réduire de 6 mois le temps de réalisation du projet." Leurs clients : des personnes physiques voulant créer ou reprendre, des PME/PMI désireuses de croître et enfin, des filières Ressources Humaines pour accompagner les cadres désireux de quitter l’entreprise et porteurs d’un projet de création ou de reprise.
"La principale difficulté du repreneur c’est la recherche de cible. Il y a 500 000 entreprises à reprendre sur 10 ans, soit 5 000 par an. La moitié sont transmises par voie de succession. Il en reste 2 500 desquelles il faut enlever les entreprises en redressement ou celles dont les résultats ne permettent pas de rembourses les dettes. Il en reste 1 500 à 2 000. Si on retire encore celles qui sont rachetées par les groupes, on tombe à 1 000. Ce qui est important mais encore faut-il que ces entreprises trouvent le bon repreneur. Actuellement, il y aurait 10 repreneurs pour 1 cédant", explique Thierry Lamarque. Mais, le problème c’est que l’offre et la demande ont du mal à se rencontrer. Les cédants cherchent les bons candidats et les repreneurs potentiels ne trouvent pas les bonnes entreprises à racheter. Entre les experts-comptables, les avocats d’affaires, les fiscalistes, les banques, les cabinets d’intermédiation et les notaires, le marché est complètement atomisé. "Il est donc urgent de le fluidifier", estime Martine Story. Comme un chasseur de têtes, Althéo est mandaté par ses clients comme chasseurs de cibles.
Les repreneurs, moyenne d’âge 40/55 ans, ont des CV brillants : Bac +5 à Bac +8, mais ne sont pas préparés à la reprise d’entreprise. Car, reprendre une entreprise n’est pas une tâche de toute repos et de plus, la vie au sein d’une grosse société ne prépare un cadre voulant devenir patron. Alors les éventuels repreneurs sont désemparés bien qu’ils bénéficient de bonnes capacités financières. "Ils ont fait des économies, parfois pendant 20 ans et il est courant que leur apport personnel frôlent les 200 K€ voire même, 500 K€. Ce qui n’est pas négligeable", estime Thierry Lamarque.
Pour rendre plus facile la course d’obstacles dans laquelle le repreneur se trouve seul, Althéo a mis en place des programmes de formation et d’accompagnement de 3 à 6 mois. "Dans le cas d’une reprise, les négociations sont extrêmement fragiles. Alors, On crédibilise le dossier du repreneur. Une façon d’équilibrer le rapport de force, car le cédant a toujours son Conseil." Pour cela, ils ont mis à disposition des moyens et des outils de travail allant de l’accès ponctuel à des bureaux, salles de réunion, équipe-ment informatique, internet haut débit, médiathèque, espace bureautique.
Sont proposées des cessions spécialisées (10 jours) assurées par des spécialistes et un accompagnement opérationnel et person-nalisé. Pour les cadres encore salariés, ils interviennent en partenariat avec la DRH pour aider la recon-version. Le collaborateur est pris en charge dès son départ de l’entreprise. Si nécessaire un test de compétences lui est proposé pour l’orienter vers la reprise ou vers la création en fonction de sa personnalité et de ses aptitudes managériales.
“FRANCHIR
LA BARRIÈRE
DE L’INQUIÉTUDE”
Lorsque l’on demande à Cécile Féron, créatrice avec son mari d’une entreprise de rénovation et décoration intérieure, quel est le mode d’emploi pour réussir, elle répond sans hésiter : "S’entourer de spécialistes à même de freiner les erreurs du jeune chef d’entreprise. Une volonté qui nous a amenés à nous tourner vers le Réseau d’initiative locale pour l’emploi (Rile) de Rennes qui nous a épaulés dans la constitution de notre dossier et nous a incités à frapper aux bonnes portes." Tout créateur ou repreneur a une idée en tête pour laquelle il faut franchir la barrière de l’inquiétude. Il faut savoir oser l’aventure et prendre des risques, ne pas hésiter à se remettre en cause, mais, "il est important de ne jamais être seul, de rechercher un accompagnement ou des personnes qui vont vous aider", insiste Laurent Degroote.
| PAROLE DE REPRENEUR |
Emmanuel Coutelle envisage de reprendre une entreprise dans le secteur de l’aménagement d’espaces verts.
"J’ai tenté d’approcher en direct des patrons qui se posaient la question de vendre leur entreprise. 5 contacts, 5 échecs. Premier écueil : il y avait un manque de confiance face à une personne physique inconnue. Deuxième écueil : il est difficile d’approcher des patrons de PME. Ils sont sur le terrain et peu présents dans leur société. Ils ne sont pas disponibles, à part le matin très tôt ou le soir très tard. L’approche des ces 5 sociétés a représenté un travail énorme pour moi. J’ai donc décidé de passer par une société de conseil. Althéo a passé 500 appels téléphoniques et sélectionné 60 entreprises. Thierry Lamarque est arrivé à franchir le barrage des secrétaires de direction. Il a laissé des messages et attendu qu’on le rappelle. Au final 9 entreprises ont accepté un rendez-vous. C’est un bon résultat. On a fait un tri et on est en discussion sérieuse avec 2 sociétés. Vu le travail à abattre, sans l’intervention d’Althéo, je n’y serais pas arrivé. Et puis leur présentation du dossier et leurs arguments passent bien. Ils inspirent confiance. Je suis intimement convaincu que l’accompagnement est un gage de réussite." |
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Sommaire numéro n°19
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