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CONCEPT
SENTOSPHERE
Le jeu au service des sens
Revue PME - n°19 - SEPTEMBRE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2004
Le thème du bon créneau est omniprésent dans la vie des entreprises. Pour Véronique Debroise, c'est un véritable défi. A la tête d’une PME qui double son chiffre d’affaires en trois ans, elle s’attache à concevoir des produits d’une qualité irréprochable. Invitation à un parcours olfactif.
L’œil est vif et le trait incisif, elle dégage un dynamisme communicatif. A 45 ans, Véronique Debroise n'est pas du genre à mâcher ses mots. Elle a créé son entreprise en 1989 et a élargi sa gamme avec plus de 150 créations différentes. Une dizaine chaque année en moyenne. Elle a besoin que les dossiers s’accumulent sur son bureau : "je travaille environ 12h à 14h par jour et une partie du week end. J’aime vivre à 300 km à l’heure et être sous pression, mais quand je pars en vacances, je déconnecte complètement." Ce bourreau de travail se lance dans un exposé précis de son parcours. Chez cette fille de diplomate, la précocité dans ses choix professionnels se manifeste de curieuse façon : "Dès l’âge de 5 ans, j’extrayais des huiles essentielles des plantes qui poussaient dans nos jardins et faisais des infusions de vanille ou d’épices en les faisant macérer dans l’alcool, mais c’est l’olfaction de Vent Vert de Balmain qui fut pour moi une révélation : c’était l’odeur parfaite, la nature sublimée. Malheureusement, depuis le parfum n’est plus de même.
Et puis, il y a eu la découverte d’un autre constat : le pouvoir du parfum ( Amazone) sur un garçon lors d’une de mes premières soirées, qui m’a écrit des poèmes enflammés liés à cette fragrance.
Par ces différentes expériences, j’ai pris conscience de l’importance de notre sens de l’odorat en 1978 ce qui m’a conduit à faire des études de chimie pour devenir parfumeur."
Diplômée en 1981 de l’Institut Supérieur du Parfum de Versailles, la jeune ingénieur décide de repartir pour le Brésil où elle avait vécu enfant. Elle y acquiert sa première expérience professionnelle dans la création aromatique, chez IFF. De retour dans l’hexagone, en 1985, elle poursuit sa carrière chez Givaudan, un concepteur de parfums pour les grands groupes, mais très vite elle souhaite être indépendante. Véronique Debroise ne s’en cache pas : elle n’est pas faite pour les grandes sociétés, surtout quand celles-ci font de la franchise un handicap. "Je n’étais pas faite pour le salariat dans une grande entreprise où il faut être très politique. Je suis trop franche et je l’avoue, un peu trop originale pour rentrer dans le moule des grandes entreprises." De plus le constat est accablant : "Il y a une décadence totale de la parfumerie française liée aux respects des normes, à la course à la rentabilité qui consiste à privilégier les marges au détriment de l’amour du produit et je ne voulais pas y participer."
 
Véronique Debroise entend travailler selon sa propre philosophie et permettre l’éducation de ce sens pour que le consommateur soit plus exigent. En 1989, avec 40 000 francs en poche, elle saute le pas et crée SentoSphère. L’objectif : faire des produits pédagogiques pour éduquer l’odorat afin que la parfumerie soit reconnue comme un art à part entière. "Ces produits sont sortis sous forme de jeux car je pense qu’il est plus agréable d’apprendre en jouant, mais j’aurai aussi bien pu faire des livres.", précise-t-elle. Les professionnels commandent immédiatement. "J’ai réussi à boucler mon budget parce que j’avais vendu mes premiers produits avant même de les avoir fabriqué. J’ai ainsi limité mes endettements car si j’ai mis 40 000 F dans la société les premiers investissements s’élevaient à 350 000 F."
Il faut préciser que L’Oréal lui a accordé sa confiance, en lui achetant des produits, pour la formation olfactive en interne de ses vendeurs.

SEULE AU MONDE
SUR SON CRENEAU
Ainsi, défiant les problèmes techniques de stabilité et de pérennité des essences, dans sa cuisine – avant de disposer de son laboratoire – avec une balance, un orgue à parfums et des matières premières, Véronique Debroise invente des concepts ludiques, scientifiques et artistiques. Elle lance des dizaines de produits différents. Leurs missions : l’initiation au monde des odeurs, des arômes ou à la création de parfums. Viendront une dizaine d’année plus tard des kits de loisirs créatifs permettant de découvrir des métiers artisanaux liés aux parfums : fabriquer soi-même des savons, des bains moussants ou des bougies, à la fois ludiques et éducatifs. "Cette année, c’est un mini laboratoire pour faire ses crèmes de beauté que j’ai mis au point" "Crèmes et Senteurs" . C’est un produit génial pour toute les générations qui vient de recevoir le grand prix du jouet. Elle est l'auteur également du Loto des Odeurs qui reste son best-seller, de Mon Orgue à Parfums, de La Route des Epices... Mais aussi de jeux de stratégie, et d’Aquarellum, un procédé permettant de peindre des tableaux avec aisance et de comprendre la composition des couleurs, autre très grand succés. Elle a mis au point des jeux de stratégie et une méthodologie pour s'initier à la dégustation des vins présentée dans Bacchanales et Wine Discovery. Profitant de l’engouement croissant pour les loisirs créatifs, elle lance chaque année plus de 15 nouveautés. Sans cesse renouvelés et améliorés, ses produits sont le résultat de recherches constantes pour découvrir de nouvelles matières, molécules ou techniques.
De nombreuses récompenses sont venues couronner son travail : Fondation de la Vocation, Fondation Jacques Douce, premier prix du Concours de la Création d’Entreprise des Banques populaires, Médaille d’argent de la Fondation pour le Progrès, et de nombreux prix au Festival des jeux de Cannes. En 2000, Véronique Debroise a été nommée Chevalier du Mérite Agricole. Mais elle est loin de s’endormir sur ses lauriers. Seule au monde sur son créneau, elle entend garder sa position. "Pour moi la notion de qualité est primordiale, je suis toujours en quête de l’excellence. Mes produits sont revus, relookés afin de sans cesse les améliorer."
Sans renoncer à ses créations ludiques et revenant à son premier métier, Véronique Debroise a récemment décidé de développer une autre société. Elle offre ainsi aux amateurs de fragrances une gamme très exclusive de parfums d'ambiance alliant les performances techniques au plus sophistiqué des designs. Elle est également consultée par des chercheurs de nombreux pays pour l'élaboration de standards olfactifs ainsi que par des scénographes pour le parfumage de musées, discothèques, théâtres...
La marque a intégré en 1998 sa production en Seine-et-Marne, avant de déménager dans les Yvelines cette année. "Il est primordial de se battre pour continuer à savoir produire et faire produire en France", affirme-t-elle. "La délocalisation sous-entend temps et distance, ce qui veut dire une trésorerie immobilisée, des frais et des risques logistiques. Et puis en restant dans l’hexagone je peux suivre les tendances et être réactive en moins de trois semaines. Je ne suis pas soumise à la dictature du long terme. Eh oui, on table sur 3 mois, voire plus lorsque l’on externalise sa production en Asie en prenant des risques avec la qualité."
UNE PRODUCTION
INDUSTRIELLE
EN FRANCE
Chez SentoSphère on fabrique parfois des jeux le 20 décembre, pour des livraisons de dernière minute, juste avant les fêtes de fin d’année. Avec moins de 10% de son chiffre d’affaires en stock, la société a développé progressivement son besoin en fond de roulement sans prendre de risque sur des produits qui auraient pu être boudés par le consommateur.
"J’accorde une grande importance aux circuits de distribution. Le commerce de proximité reste incontournable pour conserver l’âme des villes. Nous sommes donc présents dans plus de 1 300 points de vente dans l’Hexagone dans des chaînes aux concepts novateurs telles que Nature et Découvertes, Fnac Junior, Loisirs et Creation ou Truffaut ainsi que dans les magasins de jouets traditionnels, mais nous ne sommes pas du tout présent en grande distribution". En offrant à quelques boutiques l’exclusivité de certains produits, des minimums de commandes, des délais de livraison rapides et des produits de démonstration, la marque met en place un vrai travail de partenariat en phase avec la philosophie de sa créatrice.
"Notre développement est lent mais régulier car j’ai toujours préféré l’autofinancement, avoue cette battante qui ajoute : Pour bien gérer une entreprise il faut savamment doser passion, réalisme et pugnacité." Et, elle s’y connaît. Ne lui parlez pas de la réduction du temps de travail. "Si je travaillais 35 heures par semaine, mon entreprise n’aurait jamais survécu et je n’aurais pas créer directement ou indirectement plus de 30 emplois. C’est inquiétant, non ?" Elle est pourtant très attachée à la qualité de la vie. "Le week-end, je joue au golf avec mon mari car j’ai vraiment besoin de me ressourcer dans la nature. Mais après une partie je n’hésite pas à retourner dans mon labo pour créer au calme".
Véronique Debroise annonce un chiffre d’affaires de 3, 8 millions d’€ qui a doublé en 3 ans. Pas d’orgueil excessif pourtant chez cette jeune PDG. Un seul bémol : sa fille de 8 ans aimerait que sa mère lui consacre plus de temps.
| SENTOSPHERE EN CHIFFRE |
EVOLUTION DU CHIFFRE D’AFFAIRES :
1997/98 : 1, 318 M €
1998/99 : 1, 575 M€€ + 19%
1999/2000 : 1, 769 M€€ + 12%
2000/01 : 2, 540 M€€ + 44%
2001/02 : 3, 224 M€€ + 27%
2002/03 : 3, 805 M€€ + 18%
PERSONNEL BUREAU : 5
PERSONNEL USINE : 6
PERSONNEL INTERIMAIRE EN FIN D’ANNEE : 10
SURFACE DE PRODUCTION : 1 300 m2 |
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Sommaire numéro n°19
Sommaire Dossier CONCEPTS
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