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ENQUETE

CAPITAL RISQUE
TENDANCE POSITIVE

Revue PME - n°22 - JUIN - JUILLET - AOUT 2005

Plus de 650 millions injectés dans les entreprises par les investisseurs en capital français. Un montant en hausse de 36% par rapport à 2003. Une progression que l’on perçoit dans le nombre de sociétés financées : environ 500 en 2004 contre 390 l’année précédente. Une ombre au tableau : les PME représentent encore une microscopique partie des sociétés élues par les investisseurs.




Les petites et moyennes entreprises sont devenues une composante essentielle de notre tissu économique. Mais celles-ci ont toujours eu du mal à s'insérer dans le système financier classique, ce qui les a souvent conduites à souffrir d'une sous-capitalisation qui a été mise en relief à plusieurs reprises. Ce fut d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrivit l’apparition et la croissance du capital-risque français qui se voulait une réponse aux besoins des PME. Depuis les années 2000/2001, les pratiques ont évolué. Aujourd’hui, deux variétés de sociétés sont habituellement sélectionnées par les ventures français : «D’une part, des petites sociétés qui ont l’ambition de devenir leader au niveau international et deviendront les cibles de grands groupes et à terme seront introduites en bourse. D’autre part, les PME qui resteront petites et indépendantes. Toutefois, afin d’assurer leur développement, elles devront le plus souvent s’adresser aux banques. C’est dans ce cadre qu’elles trouveront des quasi fonds propres», explique Alain Caffi, Président du Directoire de la Société Ventech et membre du Conseil d’Administration de l’Afic.

2001 ET LA DESCENTE AUX ENFERS

Le métier a connu une importante fièvre entre 1997 et 2001 avec le développement des start-up du Net. Rien de moins que de reléguer l’ancienne économie au rencart pour en construire une nouvelle. Mais, le bilan de ces années de fièvre n’est pas brillant. Certes, l'année 2000 fut encore une bonne année pour le capital-risque, surtout aux Etats-Unis, avec plus de 100 milliards de dollars d’investissement.
Mais en 2001, avec la chute du montant des investissements, on constatait l'immédiate réactivité du secteur à l’effondrement de l’e-économie. Une baisse de 63% de l'investissement en capital-risque entre 2000 et 2001 et une chute de 50% du nombre de projets financés ont été les conséquences de l'éclatement de la bulle Internet et de l'entrée en récession des Etats-Unis après le 11 septembre. Même constat en Europe : 35 Mds€ investis en 2000 et 14 Mds€ en 2001, soit une baisse de 60%. En France, 2001, aura été une année horrible, en phase avec le cycle américain : une chute de 50% des investissements en une année. «La descente aux enfers a duré trois ans. Ce n’est qu’en 2004, que l’on a commencé à retrouver un niveau normal», précise Alain Caffi.

PETIT RAPPEL


Rappelons que la société de capital-risque est une société qui prend des participations en fonds propres dans des sociétés non côtées en vue de réaliser à terme (après une période de 2 à 7 ans) une plus-value. Cette prise de participation s’accompagne d’une collaboration plus ou moins active entre l’investisseur et la société. Le venture capitalist intervient très tôt dans la création de la société, contrairement aux autres intervenants du capital-développement qui prennent le relais ou appuient le financement en capital-risque à partir du deuxième, mais surtout troisième tour de table, puis accompagnent la société vers une porte de sortie.
Sources : L’atelier – BNP Paribas

 


Alain Caffi, Président du Directoire de la Société Ventech
et membre du Conseil d’Administration de l’Afic


2004 ET LA REMONTEE DES INVESTISSEMENTS

Pour la France, 400 M€ d’investissements en 2004, soit une progression de 19% d’après les chiffres Afic Price & Waterhouse & Coopers. 600 M€ d’après Ventureone Ernst & Young. “Cet écart s’explique sans doute par des différences de définition», précise Alain Caffi. Au niveau européen, on stagne à 3,5 Mds€. «Je rappelle que la France se situe au deuxième rang derrière le Royaume-Uni et devant l’Allemagne. Si on ajoute à ces trois pays la Suède, on a alors 70% du venture européen.» Selon certaines idées reçues, le capital investissement marcherait mieux aux Etats-Unis. «Il y a plus d’équipes et plus de capitaux mais la sélection est bien plus dure qu’en France. Ici on compte 4 à 5 investissements sur 700 dossiers reçus. Aux USA, c’est 4 à 5 investissements sur 1 200 projets.»
Une approche sommaire consiste à rapporter les montants investis au PIB pour la comparaison avec d’autres pays comme les USA. «Pour la France le ratio est de l’ordre de 0,04 à 0,05% contre 0,19% pour les Etats-Unis», détaille Alain Caffi. Ce qui veut dire qu’avec une croissance du PIB de 2,5% par an en moyenne, il faudrait investir 3 milliards en 2010, soit une croissance moyenne de 30% par an. Ce n’est pas un peu trop optimiste ? «Il faut se souvenir que les investissements en 2000 s’élevaient à 1,2 milliards. C’est un objectif qui n’est pas hors de portée», lance Alain Caffi.

BELLES RÉUSSITES EN 2003

«2004 a marqué une véritable évolution dans le monde du capital risque français. En effet, le nombre de cessions a véritablement repris l'an dernier, passant de moins d'une par société de gestion en 2003 à deux en 2004. De plus, après une année 2003 marquée par un nettoyage des portefeuilles en faisant des cessions douloureuses, les multiples de sorties ont finalement repris une courbe de croissance raisonnable en 2004 avec une aération des portefeuilles», évalue Claire Deguerry, associée de Deloitte Finance. Les multiples de sortie par contre franchissent très nettement un pallier à partir de 2005 avec un nouveau cycle clairement bénéficiaire. «Nous avons le sentiment qu’en 2003, les sorties étaient défensives. En 2004, on a poursuivi le recentrage mais il y a eu des opérations bénéficiaires», précise Alain Caffi. Ceci-dit, les sorties en bourse sont peu nombreuses. Elles représentent en moyenne historique un taux de 20 à 25% des sorties. En 2003, aucune sortie n’a donné lieu à une introduction boursière. En 2004, 5% des sociétés soutenues par les capitaux-risqueurs ont projeté un appel aux marchés publics. Ces taux devraient passer à 6% en 2005 et 12% en 2006. N’ayant pas encore une grande visibilité sur les marchés financiers, la profession reste prudente.

CLAIRE DEGUERRY :
«TOUS ONT APPRIS LA LEÇON ET RESTENT PRUDENTS»


Claire Deguerry est entrée chez Deloitte en 1986 au bureau de Lyon où elle a été auditeur pendant 5 ans. Elle a ensuite rejoint le bureau de Paris pour exercer le métier du «Transaction Support» au sein de Deloitte Finance. Elle a été nommée associée de ce département en 1999. Elle est spécialisée depuis plus de 14 ans dans les due diligence dans le cadre d’acquisitions ou de cessions pour des fonds d’investissement ou des sociétés stratégiques.
«L’innovation et la recherche sont des maillons clés dans le développement du tissu économique. Le point fort des capital-risqueurs sera de prévoir la répartition des investissements entre les sociétés du secteur des nouvelles technologies de l’information et le secteur des biotechnologies. Les prévisions à l’horizon 2005/2006, restent raisonnables. Pas de folie. Tous ont appris la leçon et restent prudents.»

 


Selon les capitaux-risqueurs, 2005 et 2006 devraient marquer un retour à des standards proches du marché. Selon eux, la rentabilité des sociétés en portefeuille devrait alors avoisiner les 30% en 2005 et 33% d'ici à 2006. «La période «post-bulle Internet» ayant été gérée, la qualité des projets sélectionnés permet désormais une augmentation dynamique de la rentabilité», assure Claire Deguerry. Restant prudents dans leurs choix, les investisseurs en capital-risque sélectionnent un nombre limité de projets mais de qualité. Les secteurs phares à l’échelle européenne : la téléphonie sans fil, l’électronique grand publique et les biotechnologies.

Quant aux levées de fonds, après une baisse régulière depuis 5 ans, 2004 n’a pas été une bonne année en France avec 2,2 Mds€ en comparaison du pic de 2000 et ses 6,1 Mds€. «2005 s’annonce sous de meilleurs auspices avec quelques belles réussites», souligne Alain Caffi. Au final, un constat globalement positif avec de bonnes perspectives tant aux niveaux français, européen et américain. «Le venture capital américain et le venture capital européen ont beaucoup été comparé. Un non sens sur la décennie 1990-2000 compte tenu d’une totale disparité des moyens, les européens n’ayant pas les moyens de financer des projets ambitieux d’envergure internationale», analyse Alain Caffi. «La donne a changé depuis 1999/2000. Le venture européen dispose de moyens plus importants qui lui ont permis de soutenir de gros projets avec 30 transactions sur des valorisations supérieures à 50 M€ en 2004.» Conséquences : la comparaison entre le venture américain et européen prend tout son sens sur la décennie 2000. «Encore que cette comparaison sera certainement favorable aux européens.»
Suite au discours du Ministre de l’Economie et des Finances du 5 avril 2005, deux mesures encourageant les grands groupes à nouer des partenariats avec les PME innovantes ont retenu l’attention de l’Afic : une réduction d’IS à hauteur de 25% des apports en capital réalisés directement ou indirectement et une réduction d’IS à hauteur de 65% pour le financement d’un projet de recherche réalisé dans un laboratoire de recherche public ou privé.

 

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