COUP DE POUCE ...
SUNDGAU-COMPOST
Voyage chez un agriculteur ecolo
Revue PME - n°23 - SEPT - OCT - NOV 2005
Le discours environnementaliste est présent
sur toutes les lèvres et les agriculteurs s’intéressent,
à la revendication écologique.
Noël Adam est sur le terrain. Il a décidé de briser
le cercle qui menace d’engloutir le pays sous les sacs-poubelle.
Réconfortant donc.
Polluer
moins. Produire mieux. Récupérer, recycler. Pourquoi ? La
première raison de ces incitations constantes tient au fait que
la terre supportera plus de dix milliards d’individus vers l’an
2020 qui produiront des milliards de tonnes de déchets qui perturberont
la qualité de la vie. Aucun procédé de traitement,
aussi performant soit-il, ne pourra jamais les éliminer tous. Il
est vrai que les chiffres font peur : chaque français produit près
de 500 kilos de déchets par an, soit deux fois plus qu’il
y a vingt cinq ans. Donc, le temps presse, surtout depuis le 15 juillet
1992, quand la «loi déchets» stipulait qu’en
2002, seuls les déchets ultimes (déchets de déchets)
seraient mis en décharge et que les décharges traditionnelles
devaient toutes disparaître. Or, de nombreuses communes n’ont
rien éliminé du tout. Des décharges sauvages ou autorisées
et à ciel ouvert sont encore recensées (environ 30 000).
Le recyclage sera donc l’enjeu des dix prochaines années.
A Hirsingue, gros bourg de la belle région du Sundgau située
entre Vosges, Jura et Forêt Noire, Noël Adam rêvait d’un
monde où le déchet rimerait avec écologie. Aujourd’hui,
dans sa ferme et sur ses 170 hectares, il réalise en partie sa
vision d’un monde propre. «Avec mon père, nous nous
sommes lancés dans le compostage de déchets verts».
Origine de l’initiative.
Lorsqu’il termine ses études en juin 1999 (bac agricole,
BTS de gestion) et qu’il rejoint l’exploitation familiale,
il constate que cultiver une quarantaine d’hectares de maïs
ne suffit pas pour faire vivre deux familles. Première décision
: «Je voulais trouver des solutions pour palier le besoin de matière
organique des sols». L’élevage abandonné en
1984, il n’y avait plus de matière organique pour amender
les terres de l’exploitation. «Nous avons utilisé des
boues de papeterie sur nos parcelles de maïs. Malgré un grand
intérêt agronomique et une totale innocuité pour le
milieu naturel, cette solution n’était pas durable en raison
de problèmes liés à des contraintes d’épandage».
Toujours à la recherche de solutions efficaces, la famille Adam
décide de recycler les déchets verts et de fabriquer du
compost pour remplacer les boues.
RECYCLER ET NEUTRALISER
«Cette activité nouvelle allait me permettre de travailler
avec mes parents dans l’entreprise familiale», explique Noël
Adam. Après une étude de marché il table sur un potentiel
de 3 000 tonnes de déchets verts à traiter. Et pour comprendre
les principes du compostage il se rend en Allemagne et en Suisse où
des plateformes exploitées par des agriculteurs sont opérationnelles
depuis plus de dix ans. «En France, le compostage étant réalisé
par des industriels (filiale de Suez et Véolia. Ndlr), nous allions
être parmi les premiers agriculteurs sur le créneau. Et lorsque
l’agriculture, principale utilisatrice du compost, prend les choses
en main, la qualité est supérieure».
Investissement de départ : 310 000 €. Plate-forme, chargeuse,
tracteur, camions, retourneur, cribleuse, balayeuse industrielle…
tout un matériel onéreux. «Le broyage et le déchiquetage
sont réalisés par des prestataires extérieurs».
L’investissement est financé par une aide de 38 112 €
de l’Ademe et des prêts verts à taux bonifiés.
«Les banques ont suivi car elles connaissaient mon père et
les bons résultats de l’exploitation agricole», précise
Noël Adam.
Le 1er mai 2000, après avoir obtenu les autorisations des autorités
compétentes, la plate-forme Sundgau-Compost ouvre ses portes. Sept
communautés de commune (représentant 50 000 habitants) s’intéressent
au projet et voient là un bon moyen de traiter les déchets
verts, auparavant brûlés en forêt. Après signature
d’un contrat et moyennant finance, la famille Adam assure la collecte,
le transport et le traitement. les habitants convaincus apportent également
leurs résidus de tontes et d’élagages. Bilan 2000
: 4 000 tonnes de déchets verts transformés. L’affaire
marche mais la famille Adam se méfie tout de même de la concurrence
des grands groupes du secteur pratiquant une politique de prix bas. Pour
faire face, Sundgau-Compost s’agrandit. 2001, la plate-forme passant
à 7 000 m2, ce sont 7 500 tonnes de déchets verts recyclés
qui procurent 2 000 tonnes de compost. «Nous avons fait certifier
notre compost sous le label Ecofert», précise Noël Adam.

2002, l’activité se développe avec l’extension
de la plate-forme à 9 500 m2, l’achat de camions et l’embauche
de salariés. 1 M€ sont investis en commun avec un agriculteur
du coin. «Nous avons monté une structure commune : Centre
Alsace Compost».
2003 : deux nouveaux agriculteurs rejoignent la famille Adam, la société
Agrivalor est créée et deux nouveaux sites sont ouverts.
«Nous compostons également des boues d’épuration».
Le recyclage des boues résiduaires pour servir le monde agricole
est une bonne initiative. Une fois recyclées, ces boues sont très
fertilisantes et permettent de pallier l’épuisement des sols
à condition bien sûr d’être pauvres en métaux
lourds et germes pathogènes.
En 2004, un événement douloureux survient : Théo
Adam décède. Noël fait rentrer sa mère dans
la SARL et continue l’œuvre commencée par son père.
Il communique et organise des journées portes ouvertes. «Alors
qu’au départ le monde agricole nous avait pris pour des marginaux,
aujourd’hui 25 agriculteurs ont rejoint l’association «agriculteur-composteur
de France» créée par mon père. Nous mutualisons
nos idées et nous avons tous les mêmes préoccupations,
l’environnement. Les échanges avec les agriculteurs allemands
sont nombreux. Nous espérons rallier les Belges et les Anglais».
En 2004, la société a traité 13 000 tonnes de déchets
et produit 4 000 tonnes de compost. Principaux clients : les communes,
les paysagistes, les horticulteurs et les particuliers. «80% du
compost est utilisé sur notre exploitation», précise-til.
«Bien que ma mère et ma compagne travaillent avec moi, je
suis seul aux commandes de la société et je veux pérenniser
l’activité». Malgré cela, ce jeune agriculteur
de 27 ans a des projets plein la tête. Il envisage de développer
le compostage des déchets organiques. Noël travaille beaucoup,
prend quelques jours de vacances en été et 8 jours en hiver
mais il peut être fier : d’un danger pour la planète
il a réussi à faire une ressource bénéfique
pour l’avenir.
| CARTE D'IDENTITE |
NOM DE LA
SOCIETE : Sundgau-Compost
DATE DE CREATION : Mai 2000
FORME JURIDIQUE : SARL
INVESTISSEMENT DE DEPART : 305 000 €€
INVESTISSEMENT EN COURS D’EXPLOITATION : 1 M€
NOMBRE DE CAMIONS : 5
NOMBRE DE SALARIES : 7 à temps plein
DECHETS VERTS RECYCLES : 13 000 tonnes
COMPOST PRODUIT : 4 000 tonnes |
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