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RECONVERSION
Albatros
le roi du croûton
Revue PME - n°23 - SEPT - OCT - NOV 2005
Repreneur de la PME vendéenne en 1987,
François Gousseau,
55 ans, a laissé tomber la biscotte pour se lancer dans le petit
cube
croustillant. Un marché qu’il a grignoté, jusqu’à
devenir leader. Depuis, il a fait de la panification de niche une spécialité.
Quand
on lui demande de décliner sa profession, François Gousseau
répond qu’elle consiste à «mettre du croustillant
dans l’alimentation quotidienne». Du croustillant, le croûton
en a mis dans sa vie. Avec une production annuelle de dix milliards de
ces petits cubes, un chiffre d’affaires de 20 millions d’e
(2,2 millions de résultat net), le Pdg d’Albatros est le
leader de ce marché en France. Cette PME vendéenne, qui
réalise 40% de son activité à l’export, approvisionne
même le géant américain du hamburger en Europe depuis
l’année dernière. «Mac Donald’s avait
besoin de 30 000 sachets de croûtons pour lancer sa gamme de «salades
+». Nous avons remporté l’appel d’offres. Comme
deux fournisseurs étaient nécessaires, nous avons dû
donner la recette à un concurrent anglais… en échange
du marché des 5 000 fast-foods dans les quinze autres pays !»
Presque une consécration pour cette petite entreprise indépendante
de Fontenay-le-Comte.
«Se lancer dans le croûton a été un pari. Quand
je regarde tous ces fabricants de biscotte, en faillite ou bien rachetés
par des grands groupes, je me dis que je l’ai échappé
belle», avoue François Gousseau. Ancien chef de produit chez
Campingaz International, ayant roulé sa bosse dans l’import-export
en Afrique, cet ingénieur commercial originaire de Vendée
a 37 ans quand il rachète Albatros, en juillet 1987. James Billouin,
le fondateur âgé de 83 ans, lui lègue alors une entreprise
qui fabrique essentiellement de la biscotte pour la grande distribution.
Sur ce créneau, la concurrence fait rage et prend le repreneur
au dépourvu : «J’avais investi toutes mes économies.
Comment pouvais-je prévoir que les prix de la biscotte chuteraient
de 30% au cours des deux années suivantes ? J’ai vu venir
la catastrophe…»
Stratégie de niche
Assailli
par les propositions de rachat de ses concurrents (Sopafis, Jacquet, Clément…),
le jeune patron commence par prospecter l’export. En 1989, il décide
de se reconvertir pour survivre. Quitte à s’endetter pour
douze années supplémentaires. Il se lance d’abord
dans les produits bio, vendus sous la marque Borsa, en développant
«un processus spécifique de mouture du blé, qui rend
la farine obtenue plus nourrissante». Suivent les mini-toasts, en
1990, et les croûtons, en 1991. L’essor des soupes, en brique
ou déshydratées, l’explosion des salades en sachet
s’avère décisif. Bonduelle, Fleury-Michon ou encore
Campbell Soup deviennent friands de croûtons frits ou grillés,
de chapelure standard ou biologique…
Détenant à ce jour plus de 80% du marché français
du croûton, Albatros est aussi le seul fabricant tricolore de mini-toasts.
Et pavane même, après «des débuts difficiles»,
dans le secteur bio : «Le décollage a eu lieu en 1996, quand
la grande distribution a lancé ses propres marques. Aujourd’hui,
que ce soit celles de Carrefour, de Monoprix ou de Cora, tout est fabriqué
chez nous !» Pour François Gousseau, la stratégie
de niche est devenu un credo. «Il est inutile de vouloir rivaliser
avec les grands de l’agroalimentaire. Mais si je serai toujours
moins rentable qu’Heudebert sur la biscotte, je suis aussi plus
performant sur les petites et moyennes séries».
Croûton et foie gras, même combat !
Fort
de ce constat, le président a poursuivi sa diversification en lançant
snacks et crunchy (cette mie de pain dont on saupoudre certains desserts
par exemple). Il a même développé une gamme casher.
Si l’on prend en compte la formule, l’emballage, la marque
(Borsa, Albatros ou marque du distributeur), le catalogue compte environ
800 références ! Presque tout est fabriqué sur le
site vendéen, dont la surface a été doublée.
Néanmoins, l’usinage des biscottes et du pain grillé
a été réaffecté dans une usine de l’Hérault,
rachetée en janvier 2000 à un ancien rival (Clément)
en faillite.
«Les bénéfices ont toujours été réinjectés
dans l’outil de production, qui est devenu l’un des plus performants»,
explique Gousseau. Suite à l’obtention du marché Mc
Do, il a ainsi investi 500 000 e dans une ligne automatique. Une somme
qui porte l’investissement global à 2,3 millions d’e
! En 2005, 7 000 tonnes de denrées croustillantes sortiront ainsi
de ses usines, dont la capacité est de 10 000 tonnes. «Chaque
année, on améliore la productivité, mais aussi la
qualité et la sécurité alimentaire, un critère
fondamental pour les marques de distributeurs».
Déjà présent dans 35 pays, le patron entend bien
continuer à se développer à l’international,
notamment au Canada et en Australie. Et tant pis pour les Etats-Unis,
où il avait tant investi : «Notre activité est en
chute libre depuis 2000, quand nos produits ont été taxés
à 100%, au même titre que le foie gras ! » Heureusement,
cet incident de parcours n’empêchera pas la société
de panification de clore 2005 avec un chiffre d’affaires de 21 millions
d’e. «Et de poursuivre notre croissance à deux chiffres»,
ajoute le président.
Le triomphe modeste, ce dernier attribue le mérite de sa réussite
à son équipe. «Tout l’encadrement a été
renouvelé. Au début, il a fallu se faire accepter. Mais
je crois que finalement, ils n’ont pas été mécontents».
On les comprend : à l’heure où les biscottiers continuent
de dégraisser, les effectifs d’Albatros, eux, sont passés
de 80 à 160 salariés.

| CARTE D'IDENTITE |
1941 : création
d’Albatros par James Billouin
1987 : rachat par François Gousseau
1988 : export en Europe, en Australie et au Canada
1989 : lancement de Borsa, la marque bio
1990 : lancement des mini-toasts
1991 : lancement des croûtons
2000 : rachat d’une usine dans l’Hérault
2004 : obtention du marché des Mac Do |
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numéro n°23
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