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Les livres d'Héloïse
Revue PME - n°24 - JANV - FEVR 2006
Depuis près d’un an, elle suit ses passions. Fan de romans gothiques et populaires, Héloïse d’Ormesson a fait paraître en France Lucia Etxebarria, Cléa Koff et, par amitié, publie les auteurs qu’elle aime.
Sa passion des livres lui vient de ses parents. Portrait d’une éditrice passionnée.
Version conte de fées : il était une fois une jeune femme qui décréta, la quarantaine venue, de devenir éditrice. Elle réussit, en moins d’un an, à faire de sa maison d’édition une référence. Version pragmatique : le conte fut plus compliqué. C'est l'histoire d'une jeune femme qui, après vingt ans de salariat passés dans l’édition, a entamé sa seconde carrière en mars 2005 en créant sa propre maison, Eho. Héloïse d’Ormesson est-elle la nouvelle éditrice à la mode ? Depuis bientôt un an le débat fait rage. S’il faut choisir un camp, on peut avancer qu’Héloïse est une éditrice douée qui a soif d’indépendance. «J’ai toujours voulu être éditrice… C’était mon rêve, depuis l’âge de 4 ans».
Activité fabuleuse pour une petite fille qui a grandi dans une maison dont les bibliothèques étaient remplies de livres. «Ma passion des livres me vient de mes parents. Ma mère m’a donné la bibliothèque de son enfance où j’ai eu le bonheur de lire Jules Verne dans la collection originale». Son père est un écrivain célèbre, mais elle n’a rien d’une «fille de». Elle lit surtout des ouvrages inaccessibles et cachés dans l’antre de ce père,l’académicien Jean d’Ormesson. «Le nid du hibou où personne n’était autorisé à rentrer lorsqu’il n’était pas là», évoque-t-elle. «Le fait que l’on puisse toucher à ses livres le rendait fou». Mais, la petite est ingénieuse, très ingénieuse même. Bravant l’interdiction paternelle et grisée à l’idée qu’elle pouvait tout lire, elle se faufilait à travers les couloirs pour atteindre le bureau que l’auteur d’Une fête en larmes (publié en 2005) oubliait de fermer à clé. Elle furetait pour faire main basse sur certains ouvrages. C’est ainsi qu’elle dévorera au hasard et de façon boulimique, Théophile Gautier, Chateaubriand, Marcuse ou Marx, des livres qui n’étaient guère de son âge. Elle attrape le virus de la lecture. Bien assez pour songer à en faire son métier. Mais, c’est son grand-père, l’industriel Ferdinand Beghin, qui lui donnera le goût de la rigueur et de l’exigence et certainement celui de la création d’entreprise.
N°2 chez DENOËL
Après des études de lettres et de littérature de lettres modernes à Nanterre qu’elle achève aux Etats Unis à Yale, elle travaille comme assistante d’édition chez un petit éditeur américain. En 1987, alors qu’elle vient de fêter ses 24 ans, un boulot providentiel la propulse dans le monde de l’édition hexagonale. Elle rentre chez Robert Laffont comme assistante d’édition bilingue pour la collection Bouquins. Elle travaille notamment sur les éditions d’Edgar Allan Poe et de Maupassant. Deux ans plus tard elle décroche un poste chez Flammarion. C’est là qu’elle rencontre Françoise Verny. Aussi crédible en directrice de la littérature étrangère qu’en directrice éditoriale, elle quitte la maison en 1999 pour enrichir sa palette en devenant le N°2 chez Denoël. Là, elle s’occupe en direct de 20% de la production française annuelle et 80% de la littérature étrangère. Elle fait exploser un étonnant roman, La maison des feuilles, de Mark Z. Danielewski. Evidemment le livre est en tête des ventes : 20 000 exemplaires au moment où Héloïse quitte l’éditeur et depuis il vit sa vie. Héloïse est une fois de plus étonnante mais, si elle a la main mise sur l’éditorial, les choix des budgets promotionnels lui échappent. Une limite dans son désir d’indépendance. Pourtant le management humain, avec 20 personnes à gérer, est une expérience fondamentale pour lui donner l’envie de se lancer dans la création d’entreprise.
Naissance d'EHO
Le 24 mars 2005, lancement officiel des Editions Héloïse d’Ormesson. Mise de fonds :450 000€.La structure : une SAS au capital de 150 000 € dont Héloïse possède 73%, le reste se répartissant entre cinq actionnaires. Phobique des arcanes administratifs et financiers elle fait appel à son compagnon Gilles Cohen-Solal, 46 ans, routier de la profession, ancien représentant en librairie. il occupe le poste de secrétaire général. «Gilles s’est occupé de tout le côté financier. La machinerie, c’est lui. Moi je gère l’éditorial», confiait-elle dernièrement au magazine Elle. En charge de la diffusiondistribution, il travaille en étroite collaboration avec les libraires, interlocuteurs privilégiés pour connaître la portée d’un livre.
Côté livres justement, Héloïse a démarré avec audace pour présenter des ouvrages complexes : Méchamment dimanche de Pierre Pelot,auteur rencontré chez Denoël et qu’elle compare au très grand Jim Harrisson. Puis la Mémoire des os, un essai de Cléa Koff médecin légiste et anthropologue américaine qui travailla à l’identification des victimes des charniers du Rwanda et enfin, Discipline, un texte de prose poétique d’Yves di Manno. Rien de très accessible. Mais Héloïse d’Ormesson est prête à parier sur des auteurs de textes difficiles. «C’est bien une maison d’édition littéraire que je veux créer. je sais que c’est un créneau encombré, mais je reste persuadée qu’on peut amener les lecteurs vers des auteurs de textes littéraires exigeants en s’y prenant différemment». L’idée étant de ne pas dépasser 20 titres par an. Les tirages : environ 30 000 exemplaires par ouvrage. Ého recherche des écrit littéraires mais aussi des essais, des romans typiques ancrés dans la réalité. Une histoire plate avec un héros intéressé uniquement par son ego ne captive pas l’éditrice.
Les locaux sont installés dans un bel immeuble du Vème arrondissement. Il faut pousser un lourd portail, traverser une cour et monter au sixième étage pour se retrouver dans des locaux de la maison. C’est là que sont reçus les auteurs : «Nous avons une chambre à disposition pour eux». Héloïse a instauré une relation d’égalité et de confiance avec tous. «Ce sont nos alliés privilégiés». Si on imagine la difficulté d’écrire un livre on ne pense pas toujours au travail complexe de l’éditeur : la fabrication, le choix du papier, la police de caractère, la couverture. Des matinées entières de travail. La fonceuse, obstinée a aussi une vie de famille.Une petite Marie-Sarah de 10 ans qui lui a confié un manuscrit. Ce que, pour le moment, n’a pas fait son père Jean d’Ormesson. Bien qu’elle se positionne sur un s e c t e u r e n c o m b r é , H é l o ï s e d’Ormesson a confiance. Elle pense qu’il y a de plus en plus de place pour les petites structures. Et, pour elle, c’est le seul moyen de défendre les livres auxquels elle croit.
| Carte d’identité |
MARS 2005 : fondation de la maison d’édition
Mise de fonds : 450 000 €
Les avaloirs : 20 000 à 30 000 €
20 titres par an tirés à 30 000 exemplaires
Salariés : 4
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