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PROFESSION : REPRENEUR
EDITO
LE CIGARE «MADE IN FRANCE»
Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006
Repreneur de la
Manufacture de cigares
fondée en 1999, Valéry
de Guisa entend bien
donner aux feuilles
de tabac roulées leurs
lettres de noblesse
tricolores
Pas d’alcool, pas de tabac, du sport et
rien que du sport : quand il était jeune,
Valéry de Guisa, judoka de haut
niveau (troisième dan), menait une vie
d’ascète. C’était avant que l’athlète
tire
une bouffée de son premier cigare. Il
avait 27 ans. Depuis, le petit rouleau de
feuilles de tabac est devenu une
passion. Au point qu’il en a fait son
métier, en rachetant, en 2002, une
entreprise de fabrication de cigares. «Le
cigare Edito a une combustion facile, son
goût est léger, sa fumée est ronde,
généreuse en goût et son odeur n’est pas
trop entêtante», résume l’aficionado.
Tout appétissant soit-il, son produit
se distingue pourtant par une
caractéristique autrement plus rare : il
est français, roulé par des mains
expertes dans une usine de… la
Drôme ! «Dans le secteur du luxe, l’aura
de la France est universelle.Après la mode,
les parfums, la gastronomie et les vins, il
manquait le tabac !», justifie avec ferveur
Valéry de Guisa.A 40 ans, le patron des
cigares Edito, seul fabricant tricolore
(la Manufacture est enregistrée sous le
numéro 2, le numéro 1 étant celui de la
Seita), entend bien convaincre les
amateurs que ses barreaux de chaise
valent bien ceux de La Havane ou de
Saint-Domingue.
Tout commence en 1999, quand Denis
Pozin a l’idée d’implanter une fabrique
de cigares dans la Drôme, à
Chateauneuf de Galaure. Pour former
ses rouleuses françaises, il fait venir des
Dominicains. Les feuilles de tabac, elles,
sont en partie importées, en partie
cultivées dans les départements voisins.
Le temps de recruter le personnel,
d’apprendre le métier, d’aménager les
lieux et de constituer le stock initial,
l’activité démarre réellement le 15 mai
2001, avec le lancement des premiers
cigares sous la marque Edito.
UN CAPITAL
PARTI EN FUMÉE
Malheureusement, l’entreprise, qui a
déjà beaucoup investi, est exsangue
financièrement. Le plan marketing, de
800 000 €, est particulièrement lourd à
assumer. «Le fondateur n’avait pas les
moyens de ses ambitions, analyse son
successeur rétrospectivement. Son
capital de 10 millions de francs est
littéralement parti en fumée».
L’entreprise commence bien à écouler
sa marchandise, mais c’est largement
insuffisant. «Vendu entre 10 et 20 €
l’unité, le cigare est un produit de luxe, taxé
à hauteur de 55% par l’Etat. Du coup, il
faut faire du volume pour compenser la
faiblesse de la marge». En mai 2002, la
Manufacture, qui emploie une
quarantaine de salariés et pèse
530 000 € de chiffre d’affaires, se
retrouve en liquidation.
A l’époque,Valéry de Guisa est à la tête
de Geerim et Précrédit, sociétés
qu’il a rachetées en 1994 et qu’il a
réunies en un siège social unique, à
Lyon. L’une est spécialisée dans le
recouvrement de créances, l’autre dans
les renseignements commerciaux et
financiers.Toutes deux sont florissantes.
«Je pensais me diversifier. Les activités
connexes au renseignement m’intéressaient,
mais j’étais également à l’affut
d’opportunités liées à mes hobbies : la
chasse, le golf ou…le cigare !»
C’est un voisin qui lui parle des
déboires de la SN Casa de Francia
(raison sociale de la Manufacture).
L’entrepreneur lyonnais fait
immédiatement une offre à Denis
Pozin, lequel accepte de céder son
entreprise pour 190 000 €.Valéry de
Guisa ne garde que treize salariés, y
compris l’ancien propriétaire. Mais la
situation se dégrade rapidement. En
outre, l’entreprise est destiner à migrer
vers un autre département.
Son nouveau patron, amoureux de la
nature et des loisirs de plein air, s’est en
effet porté acquéreur d’un superbe site
en Saône-et-Loire, le château de Loyse,
dans le petit village de La Chapelle de
Guinchay. Il installe femme et enfant
dans le château (1 450 m2), relogeant
ses trois sociétés dans les dépendances
(2 750 m2), aménagées à l’aide d’une
conseillère en Feng-Shui. Au passage, il
renouvelle entièrement l’équipe de la
Manufacture, ne gardant qu’un rouleur
dominicain.
A LA CIVETTE
DU PHARAON
«La production a été considérablement
ralentie depuis la reprise. Pour le moment,
la priorité est d’écouler le stock de 90 000
cigares que m’a légué mon prédécesseur».
De la gamme Piano (une fumée ronde
et crémeuse) à la gamme Allegro (plus
poivrée), en passant par Les Comptoirs
de France (cigares importés «pour leur
rareté»), il y en a pour tous les goûts.
Encore faut-il le faire savoir. «C’est le rôle
des gérants de
civettes (ndlr : débits
de tabacs spécialisés
dans la vente de
cigares). Mais très peu
prennent le temps de présenter mes
cigares aux clients, plus attirés par le
Cubain», constate le Pdg.
Pour l’instant, Edito vend 3 000
cigares par mois, via une cinquantaine
de points de vente, essentiellement en
Rhône-Alpes et en région parisienne :
des civettes, mais aussi des palaces (Le
Martinez, le Ritz…) et des bars
branchés (chez Maxim’s). «Il faudrait
arriver à en écouler 10 000», estime-t-il.
Convaincu du précepte selon lequel
on n’est jamais mieux servi que par
soi-même,Valéry de Guisa a acheté, en
décembre 2004, sa propre civette, A la
Civette du Pharaon, nichée au sein
du Hilton, à Lyon.
Un investissement de taille pour une
PME pesant à peine 150 000 € de
chiffre d’affaires. «Quand j’ai racheté
Edito, je savais que je perdrais
de l’argent. C’est ma danseuse,
mais j’y crois » . Cet
autodidacte, ancien peintre
en bâtiment reconverti en
détective économique, croit ainsi
fermement qu’il atteindra le point de
rentabilité en 2007, développera son
réseau de distribution dans le nord,
l’ouest et le sud de la France, rentrera
en force dans les palaces et restaurants
haut-de-gamme, avant de conquérir le
marché étranger, de la Russie à Dubaï.
«Quand j’ai repris Précrédit, tout le
monde me prédisait l’échec. Je suis un
combattant», rappelle-t-il. S’il promeut
ses cigares avec l’opiniâtreté dont il a
fait preuve depuis le début de sa
carrière, Edito devrait bientôt
s’imposer comme un symbole de luxe
et de raffinement «à la française».
| CARTE D'IDENTITE |
1999
: création
de la Manufacture de Cigares par Denis Pozin
2001 : commercialisation des premiers cigares
2002 : reprise de la manufacture par Valéry de Guisa
2003 : installation de la société en Saône-et-Loire
2004 : acquisition de La Civette du Pharaon, à Lyon
2005 : création d’Epicura, Club féminin d’amatrices
de cigares, co-présidée par Laurence de Guisa |
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numéro n°23
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Dossier REPRISE
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