SAGA

GUY DEGRENNE
REMET LE COUVERT

Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006

Le spécialiste des arts de la table n’a pas échappé à la crise du secteur. Arrivé en 2004, Patrick Roure entend bien redresser la barre. Au menu de son plan de relance : l’ouverture d’une quarantaine de boutiques avant fin 2007. Et le lancement en franchise

Un logo stylisé, des phrases gourmandes inscrites sur les plafonniers («La vie se goûte à l’appétit de tous les jours», «Lorsque la marmite bout, l’amitié fleurit»…) des plantes vertes et des comptoirs rouges : dans les magasins Guy Degrenne, tout est désormais plus pimpant, plus interactif. «Nos points de vente en France sont nombreux, mais trop peu représentaient bien la marque», explique Patrick Roure, président du Directoire de l’entreprise. «Nous avons donc tout renouvelé : l’identité visuelle,le concept des magasins et les collections». Alors que les douze anciennes boutiques du groupe font progressivement peau neuve, de nouvelles fleurissent également un peu partout en France :Nice, Strasbourg, Aix-en-Provence,Boulogne,Rouen,Reims… L’inauguration, notamment, d’un second espace parisien au Village Royal - ses voisins sont Bernardaud, Haviland, Saint- Louis, Villeroy et Boch et La Maison Royale - fait office de symbole. «C’est le carré d’or des arts de la table, nous devions êtres présents», souligne Patrick Roure, maître d’oeuvre d’un plan de relance ambitieux dont le but est de faire de l’enseigne «un vrai distributeur». Fin 2007, pas moins de 40 magasins auront ainsi étoffé son réseau. Et ce n’est pas tout : la marque se lance également en franchise, avec des ouvertures qui devraient être effectives fin 2006.

MARCHÉ EN CRISE

Pour Guy Degrenne, c’est un nouveau départ. Car le groupe de 1 500 salariés revient de loin. Ses ventes ont chuté de 8% entre 2002 et 2004, ses pertes ont atteint 19 millions d'€ et le titre s'est effondré en bourse.Et pour cause : entre la concurrence de la main d'oeuvre asiatique, l'évolution des moeurs autour de la table (la liste de mariage et le service d'apparat n'ont plus vraiment le vent en poupe) et la baisse de la consommation, tout le marché des arts de la table est touché par la crise. Patrick Roure en sait quelque chose : c’est la seconde fois que ce patron de 40 ans est chargé de redresser une entreprise du secteur. En 2000, il a d’abord été appelé à redynamiser le porcelainier Haviland, quitté début 2004. Les actionnaires de Guy Degrenne lui offrent le poste de directeur général en avril 2004, puis celui, en juin, de président du Directoire. «Très attaché aux marques», ce diplômé de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures est passé, au cours de sa carrière, par Mars & Co, Promodès, Carrefour et Eldorauto. «Cette fois, le challenge est d'autant plus intéressant qu'il s'agit d'une marque de notoriété exceptionnelle. Certes, le secteur connaît des difficultés, mais pas de changement structurel. Une autre success-story reste à inventer».

LE GRILLOU ROI DE LA TABLE

La saga d'origine est celle d'un forgeron devenu roi de la table. Le livre s’ouvre en 1948, quand Guy Degrenne reprend la forge paternelle à Sourdeval, dans la Manche. Il descend des Grillous, cette confrérie de forgerons-étameurs qui sillonnent les campagnes normandes depuis le XVIe siècle, moulant cuillères et fourchettes en étain. Le projet de l'entrepreneur est de démocratiser les couverts en acier inoxydable. «En substituant l'inox au fer blanc et au bois, M. Guy Degrenne a permis aux gens de manger séparément à la même table, rappelle Patrick Roure. Aujourd'hui, nous voulons aller plus loin, en mettant les convives en relation, mais l'esprit reste le même : il s'agit toujours de mettre l'humain au centre de la table». L'ambition du fondateur est à la mesure de son ingéniosité : pour ses premiers outillages, il récupère les blindages des chars détruits lors de la bataille de Normandie ! Dans les années 1960, l'usine de Sourdeval et ses 500 salariés déménagent à Vire, dans une unité de 35 000 m2. En franchissant l'étape de l'industrialisation, l'entreprise se dote également d'un bureau d'études, de design et d'un service marketing. La marque Guy Degrenne est née. Le public la découvre à la télévision dès 1974, notamment grâce au célèbre spot dit du «Proviseur» (1978).

PLAN DE RELANCE ONÉREUX

Repreneur de Guy Degrenne en 1987, via la holding Table de France, Bertrand Dechery construit un véritable groupe, s'attaquant au marché des arts de la table dans leur ensemble : rachat d'un porcelainier près de Limoges, diversification des gammes (verrerie, articles de cuisine...) et des réseaux de distribution, délocalisation partielle, jusqu'au rachat, en 2000, de deux sociétés (suisse et autrichienne) filiales du groupe Berndorf AG. Aujourd’hui, l’heure est à l’économie. Patrick Roure a donc conservé l'unité autrichienne, mais a revendu la filiale suisse à un concurrent compatriote, créant ainsi une entité leader sur le marché suisse - où elle est également le distributeur exclusif des marques Guy Degrenne et Berndof. «Cette opération a permis de réduire l'endettement de 3,4 millions d'€. J'ai besoin de consolider les comptes pour financer le plan de relance», explique le président, qui a également rééchelonné une partie de la dette. Et entend mettre à profit un «outil industriel sous-utilisé» en développant davantage l'activité de sous-traitance pour de grandes marques françaises d'arts de la table. Déjà, ces efforts de rentabilité se sont avérés payants. En 2004, le groupe, avec un chiffre d’affaires de 110 millions d'€, a été bénéficiaire. En 2005, «année de transition», il s’est élevé à 100 millions d’€. Le mot de la fin, Patrick Roure préfère le laisser aux objets, qu'il «convient de remettre au coeur du débat». Ces objets, déclinables à l'envie, ce ne sont pas moins de 34 modèles de couverts, des collections de porcelaine invitant à mixer les formes et les couleurs (Modulo), ou encore des créations intemporelles, telle la mythique théière Salam, dessinée en 1953 et toujours en rayon. Sans oublier la vaisselle pour enfants, plus ludique, décorée des aventures des Triplés. Mieux que n'importe quel concept de magasin, ce sont ces collections qui racontent la magie Guy Degrenne.

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Carte d’identité

1948 : Guy Degrenne reprend la forge paternelle
1960’s : construction d’une nouvelle usine à Vire
1974 : premier spot télévisé
1987 : Bertrand Dechery reprend l’entreprise, via la holding Table de France
1996 : première boutique à son nom
1997 : introduction au second marché de la bourse
2000 : rachat des filiales suisse et autrichienne du groupe Berndof 2004 : Patrick Roure devient président du directoire
2005 : ouverture de plusieurs boutiques en France

 

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