|
EN VEDETTE
LAURENCE PARISOT
“RAPPROCHER LES JEUNES DE L’ENTREPRISE”
Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006
“Le MEDEF
vient de décider
de créer un Observatoire
National des Métiers”.
Pensez-vous que la crise
récente dans les banlieues est
un message adressé aux
politiques ou simplement une
expression de ras-le-bol ?
Cette crise dans les banlieues a
été un événement grave. C’est un
avertissement qu’il convient d’entendre
et qui oblige chacun à réagir. Il est
difficile de trouver des explications
simples ou uniques à ce qui vient de sepasser ; cette poussée
de violence
s’explique probablement par de
nombreux facteurs. Elle est en tout cas
révélatrice des grandes difficultés et
aussi du désarroi de certaines
populations. La complexité de la
situation impose de trouver des
réponses multiples et à plusieurs voix :
ce sont de nombreux acteurs qui,
ensemble, doivent agir pour que cela ne
se reproduise plus : les entreprises, les
enseignants, les administrations, les
associations… Les entreprises ont une
vraie responsabilité, dans le sens positif
du terme, mais ne doivent en aucun cas
se sentir coupables car elles ont fait
énormément sur le terrain jusqu’ici.
L’entreprise est sans doute aujourd’hui
le meilleur vecteur d’intégration dans la
société !
Comment a réagi le Medef ?
Des décisions ont-elles été prises ?
Le Medef a demandé à tous ses Medef
territoriaux de se tenir à la
disposition des administrations, pour
travailler ensemble. Nous avons
commencé à recenser les «bonnes
pratiques», les initiatives positives
dans l’idée éventuellement de les
diffuser, de les dupliquer quand elles
fonctionnent. Il s’agit par exemple de
l’opération «nos quartiers ont du
talent» lancée par le Medef Nord
Francilien qui vise à mettre en relation
directe les jeunes diplômés de la
Seine-Saint-Denis et les entreprises
de ce même département. Il est
urgent de faciliter l’accès au travail,
évidemment dans les quartiers
sensibles, mais pas seulement. C’est
pourquoi le Medef vient de décider de
créer un Observatoire National
des Métiers pour permettre un
meilleur ajustement entre l’offre et la
demande. Nous avons également créé
un groupe de travail sur les banlieues
et proposé de prolonger la
convention sur le 1% logement pour
six ans, ce qui permettra très
concrètement de dégager 2,4 milliards
d’€ en plus, au service du plan de
rénovation urbaine.
Considérez-vous que l’apprentissage
à 14 ans est une bonne formule ?
C’est certainement une bonne solution
pour certains jeunes, qui ne peuvent pas
suivre le circuit scolaire classique. Nous
y sommes favorables, à condition
toutefois que cela se passe en
coordination avec l’école et que les
modalités d’application soient bien
réfléchies branche par branche. Il est
important de maintenir un lien avec
l’école car ces jeunes apprentis doivent
avoir les bases fondamentales (écrire,
compter…) et acquérir un minimum de
discipline dans leurs comportements.
Les enseignants font des choses
formidables sur le terrain et je ne peux
que souhaiter une meilleure articulation
entre le monde de l’entreprise et le
monde de l’éducation nationale.
Alors que votre proposition
d’une négociation sur la diversité
avait été critiquée par certains,
aujourd’hui diriez-vous que
c’était une réponse aux difficultés
rencontrées par les jeunes ?
Le Medef a été le premier à proposer
aux syndicats de salariés une négociation
sur la question de la diversité dans
l’entreprise. Nous estimons, à juste
titre, être moteurs sur cette question
importante. Il existe des formes de
discrimination en fonction des origines,
mais pas seulement. Il y a également des
discriminations en fonction de l’âge ou
du sexe. Nous devons tout faire pour y
remédier le plus rapidement possible.
Comment comptez-vous faire
pour «réconcilier les Français avec
l’entreprise» ?
C’est en effet un objectif majeur à
mes yeux, et c’est pour cela que
j’ai lancé trois grands chantiers
transversaux. Le premier vise à établir
des passerelles entre le monde des
entreprises et différentes composantes
de la société (enseignants, chercheurs,
associations, etc…). Nous chercherons
parallèlement à établir un dialogue sur
les grandes questions économiques
contemporaines, notamment avec les
syndicats. Enfin le troisième chantier
sera consacré aux nouvelles générations,
avec l’objectif de rapprocher les jeunes
de l’entreprise, pour leur donner envie,
soit d’y travailler, soit de créer ou
reprendre une entreprise.
Quels sont vos pronostics de
croissance pour 2005 et 2006 ?
Comment encourager la croissance
des entreprises et l’embauche ?
Je pense que l’on devrait atteindre 1,7%
de croissance cette année et
probablement un peu plus de 2%
en 2006. Ce redémarrage est
encourageant mais cette croissance
reste évidemment insuffisante. Pour
créer des emplois, il faut de la
croissance et de la création de
richesses. Il faut donc que notre pays
trouve le moyen de lever les blocages
qui brident la croissance depuis
plusieurs années. Il faut libérer les
initiatives et soulager les entreprises
des charges et réglementations qui
freinent leur développement et les
embauches.
Sommaire
numéro n°25
|