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CONCEPT
PATRICK CHARTON
“LUTHIER DE POINTE”
Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006
Depuis 23 ans
qu’il fabrique
des instruments,
Patrick Charton
n’a jamais dévié
de sa route.
Parcours remarquable
d’un luthier épris
du quatuor et
amoureux fou
de la contrebasse.
De l’érable, de l’épicéa ou de l’ébène
et de
la colle qui chauffe, des bruits de lime, de
la sérénité de son l'atelier aux murs
couverts d’instruments et d’outils.
L’endroit est éclairé, car le travail
s'effectue à la lumière du jour. Ici, les pieds
dans les copeaux, on répare, on crée, on
adapte les sonorités au désir du client.
Une relation s'établit peu à peu entre
l'artisan, l'instrument et le musicien
soliste ou concertiste, et il n'est pas rare
qu'un artiste célèbre passe ici.
Patrick Charton a la cinquantaine.Age
qui semble confirmé par la pluie
d’honneurs déversés sur lui depuis qu’il
exerce son métier. Quatre fois
Médaille d’Or à Paris et aux Etats-Unis
pour ses contrebasses. Deux fois Médaille
d’Argent pour le violoncelle copie du
«Sleeping Beauty» de Montagnana. Plusieurs
prix de la sonorité en 2004. Trois
certificats de mérite aux USA en 2002.
Plusieurs grands prix internationaux pour
sa contrebasse «B21». On ne les compte
plus ces distinctions pour des instruments
très haut de gamme. Il faut dire que tout
réussi à cet artisan virtuose.
Il est né au Maroc. Bercé par la musique
dès son plus jeune âge - son père était
violoniste amateur -, il a suivi ses études
secondaires à Blois et universitaires à
Lyon. «J’ai suivi conjointement des études
d’anglais et de psychologie jusqu’aux
licences. Un parcours qui ne me destinait pas
à la lutherie», dit-il en souriant. «C’est le
hasard qui m’a conduit chez un luthier de
Firminy, Joël Mentec». Chez lui il apprend la
technique, les calculs, les règles. Il a à
peine 27 ans lorsqu’il s’installe dans cet
ancien atelier de passementier, rue de la
Sablière à Saint-Etienne. «300 m2 pour
l’atelier. 300 m2 pour mon logement»,
précise-t-il. Le succès ne se fait pas
attendre : Il fournit rapidement de
nombreux solistes des orchestres
français et étrangers (de la Corée
jusqu’en Islande, USA, Chine, Espagne,
Portugal, Suisse..). Il a aussi été choisi par
la violoniste allemande, Anne-Sophie
Mutter, pour fabriquer une contrebasse
au dernier lauréat de sa Fondation. C’est
Maxime Tholance, Violon Solo de
l’Opéra de Paris, qui lui fera fabriquer un
premier violon en 1987. «Il avait vu et
entendu la contrebasse que j’avais faite pour
son homologue Daniel Marillier».
L’ÂME
DE LA CONTREBASSE
«Il y a des contrebassistes fabuleux comme
Daniel Marillier et des contrebasses
historiques magnifiques comme les V.
Ruggeri, N. Bergonzi. Pour moi, la contrebasse
est un violon qu’on regarde au microscope :
grossi dix fois, on en analyse les moindres
détails». C’est un amoureux qui parle de
la contrebasse, belle comme un corps de
femme, instrument classique qui n’a pas
évolué depuis sa création (Amati 1638).
Et Patrick Charton admet que les luthiers
n’ont fait, pour la grande majorité, que
copier les instruments existants. La
nouvelle contrebasse qu’il a conçue est
un instrument pour le 21e siècle baptisé
«B21» avec un design contemporain, des
possibilités de réglages révolutionnaires
et une sonorité exceptionnelle.
«Influencé par le design de Philippe Starck,
j'ai eu envie de débarrasser l'instrument de
son esthétique baroque. Mais aussi d'en
améliorer le confort et la puissance. Mais je
garde toujours en mémoire que la forme doit
s’effacer derrière la fonction». Patrick
Charton ne s'est pas contenté d'imaginer
quelques astuces, comme ce manche
démontable en quelques secondes,
qui réduit la taille de l'instrument de 2 m
à 1,10 m et met fin au calvaire des
musiciens gênés par sa longueur lors du
rangement dans la caisse. Il a changé le
système de réglage de la hauteur
des cordes, essentiel pour le confort du
jeu et la projection du son. Le système
breveté permet à la fois un gain de place
dans les déplacements et évite la tension
constante des cordes tout en facilitant les
réglages. L’innovation révolutionnaire et
iconoclaste a été récompensée par le 1er
prix de la facture instrumentale au Salon
Musicora 2004. Patrick Charton entend
décliner sa «B21» en matériaux plus légers
qui, alliés à ce design contemporain, en
feront un instrument adapté aux exigences
et à la fantaisie des contrebassistes de
jazz. Les musiciens sont convaincus et
affirment qu’ils n’ont jamais ressenti
autant de facilité, de puissance et de
couleur dans le son.
DEUX ANS ET DEMI
DE COMMANDES
L’atelier ne manque pas d’activité avec
plus de deux ans et demi de commandes.
Ce lieu de travail et de rencontres
bourdonne comme une ruche, parfois
tard quand il faut restaurer un instrument
ancien pour un musée. Patrick Charton
crée une dizaine d’instruments par an.
«L’élaboration d’un violon nécessite 1
mois
de travail, le violoncelle, 2 mois et la
contrebasse, 3 mois», précise-t-il. Le choix
des bois est fondamental : l’érable
d’Europe Centrale est utilisé pour la
caisse, l’épicéa pour la table d’harmonie
et l’ébène pour la touche. On trouve
même parfois du palissandre ou du buis
pour les chevilles et le mentonnières.
L’épicéa, bon conducteur de son,
transmet les vibrations dans les 400
mètres secondes et l’érable a la
particularité d’avoir des ondes. Ensuite les
éclisses sont moulées, puis galbées dans
un moule. On dessine la table puis le
fond. Autre opération importante : la
pose du manche. L’inclinaison qu’on lui
donne influence la sonorité, la puissance
et le type de son. Enfin, après divers
réglages on passe aux vernis dont les
recettes sont souvent tenues secrètes.
L’inconnu c’est la méthode d’application,
le nombre de couches, le temps de
séchage. A cette recherche de matériau
et de raffinement dans la fabrication, il
faut ajouter la facture personnelle de
l’artisan. «Je signe tous mes instruments»,
lance notre luthier, devenu une référence
parmi la communauté musicale.
L’atelier Charton emploie 6 salariés.
Trois d’entre eux sont passés par
Mirecourt (Vosges), berceau de la lutherie
française, où ils ont acquis cette
technique arrêtée depuis Stradivarius.
L’école française est reconnue comme
étant la référence. Beaucoup de Français
y ont appris et perfectionné leur métier
avant de s’établir partout dans le monde.
Les autres écoles écoles réputées sont
basées en Italie et en Allemagne.
Nombreux sont ceux qui peuvent
fabriquer un instrument. Mais ils ne sont
qu’une poignée aux premières places
mondiales. Le minimum c’est la passion, le
petit plus c’est l’intuition et le talent.
«Optimiser un instrument et l’adapter au jeu
du musicien, voilà le défi !» C’est aussi
l’insatisfaction et la curiosité qui poussent
Patrick Charton à chercher, à voir et à
entendre le plus d’instruments possible, au
concert ou à l’atelier lors de réglages ou de
réparations. Et de toutes ces perceptions
sonores et visuelles naissent chaque jour
de nouvelles courbes, de nouveaux
instruments pour le plaisir des musiciens.
| Carte d’identité |
NOM DE L’ATELIER : Patrick Charton
DATE DE CREATION : 1982
ACTIVITE : 1/3 fabrication d’instruments.
Restauration ; réglages ; location
NOMBRE DE SALARIES : 6
PRIX MOYEN : 10 000 € pour un violon ou
19 000 € pour un violoncelle,
22 000 € pour une contrebasse |
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numéro n°25
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