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REGION
INVESTIR À
DIJON OU
BESANÇON ?
Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006
Bien que proches voisines,
on connaît surtout
la capitale
bourguignonne.
Plus discrète,
la préfecture du Doubs
n’en est pas moins
dynamique.
Europe oblige,
leur rivalité
est destinée
à s’estomper.
En septembre
dernier, Ikéa
s’implantait à
Dijon. De quoi
faire monter la
moutarde au nez des
Bisontins. Car le choix
de la capitale bourguignonne au
détriment de la capitale francomtoise
fait office de symbole. Il témoigne de
l’attractivité dijonnaise, qui collectionne
les images au plan national : à elle les
grandes entreprises, la grande équipe de
foot et les grands événements
culturels. Même son maire, François
Rebsamen, éclipse en notoriété son
homologue, Jean-Louis Fousseret.
L’ayant compris, ce dernier prévoit une
vaste opération de promotion en
2006. Il est vrai que la préfecture du
Doubs ne possède plus l’aura dont
elle bénéficiait du temps de Charles
Quint.Très longtemps, la petite ville au
tempérament discret a vécu dans
l’orbite de Dijon. Ce n’est pas un hasard
si la Franche-Comté devait être
rattachée à la Bourgogne après 1945.
Edgar Faure en a décidé autrement :
en lui donnant le statut de région,
il a aussi réveillé une rivalité
historique remontant à l’époque
(du XVe au XVIIe siècle) où Besançon
était encore intégrée au Saint
Empire romain germanique, alors
que Dijon appartenait au Royaume
de France.
L’ignorance pendant laquelle les deux
voisines se sont tenues n’est plus
de mise. En 2011, le futur TGV
Rhin-Rhône les mettra à 25 minutes
l’une de l’autre. Certes, la bataille fait
rage concernant le point de croisement
des deux branches du TGV, chacune
voulant en être le plus proche.
Mais, d’ores et déjà, les préfectures
du Doubs et de la Côte-d’Or
savent qu’elles vont devoir
coopérer pour exister. Au niveau
national, entre Paris, Lyon et
Strasbourg, mais aussi, à terme, sur
le plan européen.
Un «contrat métropolitain» a
ainsi été signé, sous l’égide de la
Délégation à l’Aménagement du
Territoire et à l’Action Régionale
(DATAR), par Besançon, Dijon,
Mulhouse, Belfort et Montbéliard
(soit cinq des villes que reliera le
TGV). Entre les deux premières, qui
se découvrent plus complémentaires
qu’elles ne l’auraient cru, d’autres
projets sont à l’étude : expositions
communes, orchestre interrégional,
répartition des compétences
hospitalières et des spécialités
universitaires, TER à grande vitesse
(en utilisant la future ligne TGV) et
aéroport commun, qui sera situé à
Dole-Tavaux, à mi-chemin.
Les nouveaux arrivants auront tout à
gagner de cette coopération.
Bisontins ou dijonnais ? Voici
quelques éléments pour les aider à
trancher.
DIJON
L’EXPANSIVE
DÉMOGRAPHIE
Si la taille des deux départements est
équivalente (506 000 habitants en Côte-d’Or),
celle de Dijon est bien supérieure à celle de sa
voisine : 150 000 personnes intra-muros,
240 000 dans l’agglomération et 320 000
(100 000 de moins dans l’agglomération
bisontine). En revanche, sa population n’a grandi
que de 4,4% par an entre 1990 et 1999. Et son
solde migratoire est négatif la décennie suivante.
ENVIRONNEMENT
Moins verte, plus éloignée de la montagne
(deux heures environ), la cité bourguignonne
a d’autres atouts.A commencer par son taux
de délinquance, qui fait d’elle l’une des
grandes villes les plus sûres de France. Puis
ses tables gastronomiques et ses bonnes
bouteilles : de quoi se réchauffer dans cette
localité qui, comme Besançon, enregistre
près d’un degré de moins qu’ailleurs en
France (alors qu’il ne pleut que 116 jours par
an, contre 140 chez les Bisontins).
Bonne nouvelle pour les piétons et les cyclistes :
Dijon a rattrapé son retard en matière de pistes
cyclables, qui représentent aujourd’hui 10% de
la voirie. Et entend également combler ses
lacunes sur le plan écologique : l’un des
chantiers des dix prochaines années consistera
ainsi à remplacer tous les bus diesels par des
bus au gaz naturel de ville.
TRANSPORTS
Dijon a perdu son rôle de carrefour au milieu
du XXe siècle, quand l’autoroute A6, puis le
TGV sud-est,l’ont oubliée.C’est dire l’enjeu
du
tracé de la nouvelle ligne TGV, qui permettra à
cette ville économiquement tournée vers la
Saône-et-Loire,au sud,de trouver une nouvelle
zone d’expansion vers l’est.
Par les airs, les deux villes, dépourvues de
liaisons directes et régulières vers les grandes
métropoles françaises et européennes, sont
aussi mal desservies l’une que l’autre.Et si Dijon
dispose, elle, de son aéroport, sa situation en
centre-ville en limite le développement.
En matière de transports urbains, un nouveau
réseau, Divia,
fonctionne
depuis octobre.
Et en Côte-d’Or,
le prix des tickets
et des abonnements
est parmi les
plus bas de France.
EQUIPEMENTS
Avec un centre dramatique national, un
musée des beaux-arts, une scène lyrique, un
conservatoire de musique, des temps forts
culturels (Festival Tribu et L’Estivale) et,
bientôt, un Zénith, la culture est mieux
représentée que le sport. Malgré le manque
d’espaces disponibles, Dijon, néanmoins,
aura bientôt une piscine olympique.
ECONOMIE
En moyenne, les Dijonnais sont plus riches
que les Bisontins. Et même si le nombre
d’emplois a moins augmenté que chez les
voisins entre 1990 et 2000, le taux de
chômage s’est stabilisé au-dessous de la
moyenne nationale, à 8,1% fin 2004.
C’est la diversité du tissu économique qui
a préservé la préfecture de Côte-d’Or
des
grosses crises. Celle qui fut longtemps une
ville de robe et de cour s’est un peu
industrialisée (si bien que la proportion
d’ouvriers, de 10%, dans la population est
la même qu’à Besançon). Ses pôles
d’excellence se sont constitué autour de
l’agroalimentaire (les vins de Bourgogne,
les cassis, les escargots ou encore la
moutarde, avec Amora en première
entreprise locale), la logistique,
l’automobile et la pharmacie.
Côté matière grise, Dijon compte, comme
sa voisine, 9% d’étudiants, alors que la
moyenne des 100 premières villes
françaises n’est que de 5,4%. Mais la
première en accueille plus de 30 000,
contre 21 000 à Besançon. Et s’arroge
également la part la plus grande d’emplois
hautement qualifiés.
COMMERCE
L’atout est historique : au Moyen-Age, les
foires de Dijon attiraient les chalands bien
au-delà des frontières du duché de
Bourgogne. Aujourd’hui, sa densité en
grandes surfaces, en marchés de plein air, en
cafés ou en restaurants est plus forte qu’en
Franche-Comté.
CRÉATIONS D’ENTREPRISES
ACCOMPAGNEMENT
Inaugurée en octobre 2002 avec la CCI de
Beaune, l’Ecole du Créateur est un centre
d’apprentissage unique en France. Qui, selon
les statistiques, augmente de 25 à 50% les
chances de création des candidats. Ceux-ci
ont affaire à un tuteur, interlocuteur unique
qui les suit tout au long de leur parcours, du
stade de la simple idée à cinq ans après la
création. Ils y trouvent aussi de la formation,
du conseil individualisé, des suivis en groupe,
du parrainage ou encore l’accès au
financement de l’Aph 21 : cette association
de Côte-d’Or octroie des prêts d’honneur
dont la durée varie de 2 à 5 ans et le montant
de 2 à 22 K€. Depuis sa création en 2001, les
quelque 300 porteurs de projet accompagnés
ont généré plus de 600 emplois.
IMMOBILIER
En 2004, les prix ont, comme à Besançon,
grimpé de 10 à 12%. Mais Dijon reste plus
chère. Un deux pièces se loue en moyenne
398 € mensuels (contre 462 € dans le
Doubs), une maison s’achète 186 000 €
(contre 160 000). Les heureux arrivants se
consoleront avec une fiscalité locale plus
douce que chez la voisine.
BESANÇON
L’INTROVERTIE
DÉMOGRAPHIE
Comparée à la taille du département (515 000
habitants),celle de Besançon,avec 120 000 âmes
intra-muros et 222 000 dans l’aire urbaine, est
plutôt modeste. Son agglomération (134 000
personnes) est à peine équivalente à celles de
Saint-Nazaire ou de Thionville ! En revanche, la
ville peut se targuer d’une réelle attractivité,
avec une croissance de sa population de 6,8%
entre 1990 et 1999 et d’un solde migratoire
largement positif la décennie suivante.
ENVIRONNEMENT
Le cliché d’une ville perdue dans le froid et la forêt
ne rend pas justice à son patrimoine architectural
exceptionnel,à son environnement admirablement
préservé. Car il fait bon vivre à “Besac”,
comme la
surnomment affectueusement ses habitants. Ses
étudiants ne diront pas le contraire,surtout avec la
proximité (une heure) des pistes de ski du Jura.
Témoins, encore, ces médailles accumulées depuis
quelques années dans les palmarès établis par
les magazines nationaux : ville la plus
fraternelle, ville la plus verte (2 400 hectares
d’espaces verts,dont 2 024 de forêts) et première
pour les voies piétonnes (dès 1974).
La ville ne ménage pas non plus ses efforts
écologiques, avec l’instauration d’une redevance
ordures ménagères proportionnelle au volume des
déchets triés et l’ouverture prochaine d’une
grosse
centrale au bois pour chauffer 2 500 logements.
TRANSPORTS
Certes, Besançon a du mal à rayonner sur la
Franche-Comté, où elle subit la concurrence des
métropoles voisines,plus puissantes,comme Lyon
et Strasbourg. Il n’empêche : son axe naturel la
porte vers l’ouest, où passent l’autoroute et la
ligne SNCF :une plaine où décolleront les avions
du futur aéroport de Dôle, une plaine que
traversera, aussi, le TGV. Coup dur : la gare
principale du TGV ne sera pas située à Besançon
mais à Auxon-Dessus, à 10 kilomètres environ.
En matière de transports urbains, le réseau de
bus Ginko a la particularité de passer dans
chacune des 59 communes de la communauté
d’agglomération du Grand Besançon (CAGB).
EQUIPEMENTS
Culturellement,
Besançon brille
moins que Dijon. La
municipalité réfléchit d’ailleurs à la
création
d’un festival d’envergure, sans doute lié aux
arts de la rue, pour compenser son manque
d’infrastructures. Mais en sport, la capitale
du Doubs l’emporte haut la main, avec des
infrastructures (stades, gymnases, piscines et
courts de tennis) qui dont oublier que la ville n’a
pas, comme Dijon, un club de foot en Ligue 2.
Autre équipement remarquable :
l’ordinateur offert à chaque élève bisontin
rentrant en CE2 depuis 2002, une initiative
unique en France (opération Besançon.clic)
ECONOMIE
Sociologiquement, Besançon a longtemps
cultivé sa tradition industrielle, avec
l’horlogerie en fer de lance. Mais ses effectifs
industriels se sont réduits.L’affaire Lip,usine de
production de montres dont la fermeture il y
a 28 ans fut vécue comme une catastrophe
nationale, continue de hanter les esprits.
Heureusement,les graves restructurations sont du
passé. La décennie 1990-2000 a même été
faste pour l’aire urbaine bisontine, qui a
obtenu un résultat exceptionnel, unique sur la
région, avec l’augmentation de 9% du nombre
de ses emplois.Du coup,Besançon s’octroie la
palme du dynamisme économique, un peu
refroidi, toutefois, par la hausse du chômage
(passé de 8,4% fin 2003 à 9% fin 2004).
L’absence de grandes entreprises aura ainsi
été compensée par un tissu de PME
performantes et capables de s’adapter.
Profitant de son nouveau statut de capitale régionale,
la ville a vu décoller ses emplois administratifs et
tertiaires. Par ailleurs, elle a également su
réutiliser son savoir-faire horloger dans un nouveau
domaine d’excellence, les microtechniques, qui
représentent aujourd’hui 10 000 emplois.
COMMERCE
Malgré la prédominance dijonnaise, Besançon
conserve une légère avance pour les boulangeries
et les commerces d’équipement de la personne.
C’est toutefois insuffisant pour renverser la
tendance. Même la Fnac, qui devrait s’installer
dans l’îlot Pasteur rénové,n’arrivera
qu’en 2008.
CRÉATIONS D’ENTREPRISES
En 2004, elles ont augmenté de 11,3% en
Franche-Comté (2 836 créations, soit 38
pour 1 000 habitants) : une belle performance
comparée à celle de la Bourgogne.
Fort d’un taux de création de 7,2% en 2003,
le Doubs a enregistré 1248 créations totales
(dont 460 à Besançon) l’année suivante. Et
ses
seules créations pures ont augmenté de 69% !
ACCOMPAGNEMENT
Pour être épaulé, le créateur d’entreprise
a
le choix entre plusieurs dispositifs : de Cré-
Entreprendre Initiative (montage de projets,
financement, suivi des nouvelles entreprises) au
guichet unique de la ZFU de Besançon Planoise
(90 porteurs de projet en 2004,67 créations et 86
personnes embauchées).
Etalée sur plus de 3 500 m2, la pépinière de
Palente suit également les jeunes entreprises sur
trois années minimum. Il existe encore un
incubateur et un Centre Relais Innovation,
qui favorise la coopération technologique.
IMMOBILIER
Tant pour la vente d’appartements que de
maisons (160 000€ en moyenne dans l’ancien),
la préfecture est moins chère que sa voisine.
Le marché s’équilibre toutefois à la
location, notamment pour les petites
surfaces (298 € en moyenne pour un studio,
contre 294 à Dijon), très recherchées par les
étudiants. A savoir : l’innovation sociale
est une tradition dans
cette ville qui dispose
de 28,5% de logements
sociaux (contre 14,4% à
Dijon).
Sommaire
numéro n°25
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