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ENTREPRENDRE EN FAMILLE
TERRES DE RAUJOLLES
UNE MARQUE BIEN DÉPOSÉE
Revue PME - n°25 - MARS - AVRIL - MAI 2006
La PME familiale fête
ses 176 ans cette année.
Quatre générations
de céramistes créatifs
ont fait vivre cette
Terres de Raujolles,
société de renommée
mondiale et marque
déposée.
Le tout au sein
d’une terre de tradition,
l’Aveyron.
L'entreprise familiale serait-elle une
espèce en voie de disparition ? Ces
dernières années ont en effet sonné le
glas de quelques-unes des plus belles
sagas que la France ait connues.
Démentant l’actualité économique,
l’entreprise Terres de Raujoles est
implantée dans l’Aveyron depuis
1830. Quatre générations, Sylvain
et Eugénie, Aurélien et Yvonne,
Claude et Maryse et aujourd’hui
Patrice et Christèle ont tenu les
rennes de l’entreprise. Depuis plus d’un
siècle et demi, les secrets et les
techniques d’une culture deux fois
millénaire s’y transmettent de père en
fils dans l’atelier basé à Creisseils, à
quelques encablures du centre ville de
Millau. Car la terre aveyronnaise
possède des trésors des plus rares :
l’argile, l’or rouge dont on fait des
objets usuels ou décoratifs et le calcaire
à dominante jaune, matière première,
fine, souple, pure et naturelle. «Il y a plus
de 2000 ans, on comptait environ 500
ateliers de potiers rassemblés dans le
quartier de la Gaufresenque à 2 km au
sud de la ville actuelle de Millau. La
production, presque industrielle, de
vaisselle de qualité fournissait tout l'empire
romain», raconte Patrice Rivière,
l’actuel PDG de la société. La
gaufresenque c'est aussi une grande
richesse archéologique : sanctuaires,
maisons d'habitation, séchoir à poterie
et des fours énormes pouvant contenir
jusqu'à 4 000 vases.
C'est à proximité de ce site
exceptionnel que les Terres cuites de
Raujolles suivent les traces de cette
histoire témoignant que seule la qualité
associée à la beauté peut traverser les
ans. La céramique peut-être défini
comme la transformation des minéraux
par les hautes températures, jusqu’à
1 072°. Elle est donc vieille comme le
feu. Pendant très longtemps, elle
regroupait les utilisations domestiques.
Il s’agissait alors de trouver de façon
empirique les matières premières, les
mélanges qui donnaient les meilleures
résultats esthétiques après cuisson à
diverses températures. La création
d’une école en 1892 à Sèvres,
relevait de la nécessité dans un monde
industriel en grand développement,
d’améliorer les connaissances et les
résultats qualitatifs des fabrications.
Patrice Rivière, son père Claude et
ses arrières-grands-pères n’ont pas
fréquenté cette école. Mais ils ont
plongé leurs mains dans la terre,
matériau de base, avec l'impression de
se confronter aux éléments. Aujourd’hui,
l’entreprise continue de se distinguer
par une grande diversité de process de
fabrication appris sur le tas.
L’ALCHIMIE
DE L’ART
Terres de Raujolles oeuvre dans la
durée, se nourrit de l’air du temps et
s’inscrit dans la lignée des grands noms
qui contribuent au rayonnem,ent de la
France. Pour Patrice et Christèle
Rivière, la tradition, fut-elle centenaire,
s’accorde avec le temps qui passe
pour donner naissance à des formes
nouvelles et des usages inédits. Patrice
Rivière, arrivé dans l’entreprise en
1984 à l’âge de 18 ans, est l’artiste de
la famille. Si son père, Claude, a investit
dans de nouvelles machines, lui a
insufflé à l’argile la beauté qui la rend
précieuse. Il occupe de nouveaux
territoires. Car, à côté des produits
traditionnels, il cherche toujours à
créer des modèles inattendus, le
savoir-faire et l'habileté aidant :
briques, tuiles, dalles, carreaux,
vasques... mais aussi des imitations
d'antiquité apparaissant comme des
oeuvres d'art distinguées par les
monuments historiques et les plus
grands designers mondiaux.
Grâce aux prouesses conjuguées de
Patrice et d’artisans amoureux de leur
art, l’argile est aujourd’hui associée à
l’histoire.Terres de Raujolles fournit des
produits à l’international. De Tokyo à
Dubaï, du Musée du Louvre au château
de Blois, les fabrications de la maison
ne connaissent pas de frontières.
L’entreprise exerce ses talents à travers
le monde et à travers le temps. «Notre
entreprise est artisanale dans le bon sens
du terme. Beaucoup est encore fait à
la main : de l'extraction de l'argile au
modelage des carreaux, de la cuisson au
passage de l'émail. Nous respectons ainsi
la tradition du métier de céramiste mais
nous introduisons en permanence
l'imagination et l'innovation. Notre
réussite tient certainement à
cette alchimie à laquelle concourt
la réalité d'authenticité
et de sérieux que porte
l'Aveyron», se plait à
dire Patrice Rivière.
Sa collaboratrice
et épouse,
Christelle,
aime à énumérer
quelques une des
prestigieuses
créations de
la maison :
« Chaque
nouvelle
réalisation est un défi à relever. Nous avons
fabriqué 15 000 carreaux ornés soit du lys
royal, soit du "H" de Henri III pour le
château de Blois. 6 000 carreaux à la main
dans la tradition des Assyriens pour la salle
de Khorsabad, palais du roi Sargon II, au
Musée du Louvre. Nous avons réalisé à
l'identique le sol du couvent Chijmes à
Singapour, d'après copie de carreaux
datant de 1870. Une restauration
effectuée sous le haut patronage des
Monuments Historiques. Nous venons de
travailler pour le palais du roi de Jordanie»,
commente la jeune femme, 36 ans,
cadre dans l’entreprise et gérante du
magasin de Millau.
| CARTE D'IDENTITE |
DATE DE
CREATION : 1830
QUATRE GENERATIONS :
- Sylvain Rivière : incarne l’esprit et le souffle
de l’entreprise
- Aurélien Rivière : relève le défi
industriel
- Claude Rivière : modernise l’outil de travail
et produit pour l’international
- Patrice Rivière : l’artiste et ambassadeur de
la marque dans le monde
NOMBRE DE SALARIES : 9
SURFACE DES ATELIERS : 2 000 m2
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Terres de Raujolles jouit d’une
renommée internationale, mais ses
racines demeurent à Millau. L’argile y
représente un patrimoine dont la PME
est le premier dépositaire. La société a
ouvert au public les portes de ces lieux
magiques qui
furent le
berceau de l’entreprise. Le
nouveau showroom, véritable
musée, lieu d’exposition et centre
d’accueil pour la clientèle, assure la
pérennité et la transmission de
l’héritage. Patrice et Christèle Rivière
entendent ainsi affirmer leur citoyenneté
et revendiquer un enracinement
régional qui est à l’origine du
rayonnement de la marque et qui fonde
l’avenir de l’entreprise. Malgré ses
succès, la société a toujours le même
souhait : Stabiliser et valoriser ce
métier traditionnel, perfectionner
les techniques de production,
moderniser la fabrication
jusqu'ici artisanale. La
nouvelle
génération, deux garçons de 10 et 6 ans
discutent déjà de leur future place dans
l’entreprise de papa.
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numéro n°25
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Dossier ENTREPRENDRE
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