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REGION

INVESTIR À
MONTPELLIER OU NÎMES ?

Revue PME - n°27 - SEPT - OCT -NOV 2006

Préfecture de région, la première domine largement. Mais la seconde, à taille plus humaine, a d’autres atouts. Dans les deux, l’heureux créateur d’entreprise profitera d’un cadre de vie exceptionnel.

Dans le match opposant Nîmes à Montpellier, c’est un géant mondial de l’informatique qui marqua le premier point. Dans les années 1960, IBM cherchait à implanter une usine en France. A la clé : plusieurs milliers d’emplois. Son choix se porta sur Nîmes, pour la qualité du cadre de vie, la proximité de la Méditerranée et la liaison aérienne directe avec Paris. Las ! Le maire communiste Emile Jourdan refusa d’ouvrir les bras au groupe yankee. Comment pouvait-il imaginer que la face du Languedoc Roussillon en serait changée ? De fait,IBM se replia sur Montpellier, réveillant du même coup la petite ville de province endormie, prompte à utiliser l’image high-tech pour sa propre publicité. Depuis, la préfecture de l’Hérault, qui était pourtant surpassée en taille par Nîmes et Avignon avant la Seconde guerre mondiale, a pris l’ascendant. Population, effectifs étudiants, marché de l’emploi, prépondérance administrative : tout favorise la capitale régionale. Laquelle bat froid sa modeste voisine.Car,Montpellier et Nîmes s’ignorent :pas de collaboration universitaire, pas d’aéroport ni de gare TGV communs… Et le tempérament de Georges Frêche, président de la Communauté d’Agglomé-ration de Montpellier, n’a rien arrangé. Les deux rivales sont pourtant confrontées, à l’image de Perpignan, Narbonne, Sète ou encore Avignon, à des défis semblables : afflux de populations attirées par le soleil et la mer, potentiel touristique exceptionnel, forte création d’emplois, patrimoines culturel et paysager remarquables, mais aussi chômage élevé, délinquance forte, travail au noir,mitage des espaces naturels, circulation croissante… Le contraste se retrouve au niveau de la région. Avec le plus important taux français de renouvellement du parc des entreprises (104 créations pour 100 entreprises existantes) et une densité de créations (52 pour 120 000 habitants) parmi les plus élevées, le Languedoc-Roussillon est relativement dynamique. Mais l’évolution de ses créations (24%) a été l’une des plus faibles de France entre 2002 et 2004. En outre, sa population active est plus marquée par le chômage qu’ailleurs, avec un taux de 13% fin 2005, contre 9,5% en moyenne en France. Il faut croire que le culte de la matière grise (3e région française pour la densité de recherche, présence de 90 000 étudiants) ne permet pas d’éviter tous les écueils.

90 000 ÉTUDIANTS

Il s’agit, surtout, d’exister sur l’arc méditerranéen. A ce titre, la future ligne TGV, dont le contournement Nîmes- Montpellier sera mis en service en 2012, représente un enjeu d’importance pour son désenclavement (le chaînon manquant, Montpellier-Perpignan, n’est pas prévu avant 2015, voire 2020). Les liaisons avec l’Espagne seront ainsi améliorées. Dans ce combat géostratégique, Georges Frêche devra sans doute compter sur l’appui des villes voisines. Un partenariat auquel les entrepreneurs de chacune auront tout à gagner.

 

MONTPELLIER LA TECHNOLOGIIQUE

 

DÉMOGRAPHIE

Le temps de l’érosion, continue jusqu’en 1975, est largement révolu. Abritant 90 000 âmes en 1936, la capitale régionale a inversé la tendance. Pendant la décennie 1990, sa population a ainsi augmenté de 18,3% : un record en France ! Riche de 230 000 habitants, Montpellier continue de creuser l’écart, au même rythme que l’Hérault (897 000 habitants), qui gagne plus de 1 000 ressortissants supplémentaires chaque mois. Inutile, donc, de la comparer à Nîmes. En revanche, il est bon de rappeler que l’aire urbaine montpelliéraine (460 000 habitants) reste deux fois moins importante que celle de Toulouse et trois fois moins grosse que celle de Lyon.

CADRE DE VIE

Carnon, Palavas, La Grande Motte… avec les plages à moins d’une demi-heure du centre (quand ça roule), la préfecture de l’Hérault est sans conteste la plus proche du littoral : cette bonne fortune géographique a sa part dans la formidable croissance de la ville depuis quarante ans. Même les pistes de ski ne sont qu’à deux heures de voiture. Alors qu’importe si les touristes préfèrent la voisine. Moins bien dotée en monuments historiques, Montpellier se rattrape sur l’environnement. Parmi les rares grandes villes à ne compter aucune installation dangereuse, elle mène ainsi une politique urbaine volontariste, aussi bien pour les zones piétonnes, les pistes cyclables que les espaces verts. Forte du succès de sa ligne de tramway, elle en prévoit déjà une deuxième. Le centre ville, lui, est le résultat d’un urbanisme à la fois spectaculaire et maîtrisé, illustré par la construction du quartier Antigone et du Palais des Congrès. Celui-ci témoigne d’une politique culturelle ambitieuse. Sous l’impulsion de Georges Frêche, la ville accueillit ainsi le premier Zénith de province. Elle s’est également fait un nom dans le milieu international de la danse et s’est dotée d’un orchestre régional ainsi que d’une médiathèque. En revanche, la construction d’équipements sportifs suit difficilement la croissance ultra-rapide de la population.

TRANSPORTS

Engorgée, Montpellier aurait bien besoin d’une seconde autoroute,qui lui permettrait de transformer l’A9 en rocade. Sur les rails, la ville reste à 3h10 de Paris.Il n’y a que dans les airs qu’elle retrouve son rang de capitale régionale : l’aéroport de Fréjorgues a depuis longtemps supplanté celui de Nîmes-Garons.

ECONOMIE

Si le géant informatique a bel et bien participé au décollage montpelliérain, d’autres facteurs ont joué, comme l’action des maires, l’absence de crise industrielle, ou son statut de préfecture de région, qui lui a permis d’attirer tous les emplois administratifs hautement qualifiés. Le facteur le plus décisif est son université. Née au Moyen- Age, celle-ci explose véritablement depuis les années 1960. Elle compte aujourd’hui pas moins de 65 000 étudiants, soit 14% de la population. C’est que la matière grise est à l’honneur dans cette ville réputée, notamment, pour son pôle biotechnologique : 4e CHU de France, riche de 5 000 chercheurs en sciences de la vie, dont 3 000 au sein d’Agropolis, Montpellier accorde une place structurante dans son économie aux industries de la santé et de l’agro-environnement. De manière générale, le tertiaire domine. Il représente ainsi 84,2% (contre 71% en moyenne en France) des 26 600 établissements recensés : soit 43,6% dans les services, 40,6% dans le commerce, 9,3% dans la construction et 6,5% dans l’industrie.

COMMERCE

Comme Nîmes, Montpellier assiste à la fuite en avant des grandes surfaces, sans cesse étendues en périphérie. Dans le même temps, les choses bougent en centre ville, dont l’accès devrait être amélioré.Au programme : extension du Polygone, ce centre commercial riche de 120 magasins, implantation de deux espaces de 1 000 m2 en 2007 et poursuite du pharaonique projet Odysseum. Prévu sur 100 000 m2 à l’origine, il a été redimensionné et comprend, outre une partie commerciale, un espace ludique (la patinoire, le planétarium et le multiplexe sont déjà en activité). EMPLOI Pendant la décennie 1990, le nombre d’emplois a grimpé de 17,2% dans l’Hérault. Puis, en 2005, l’économie locale s’est démarquée du contexte national par une évolution plus favorable du nombre de demandeurs d’emploi (-5,5%). De quoi compenser le taux de chômage (13,8% fin 2005), toujours bien supérieur à la moyenne nationale (9,3%).

CRÉATION D’ENTREPRISES

C’est la ville championne de France des créations d’emploi. Les raisons de ce dynamisme : affluence démographique, interaction avec le marché de l’emploi, croissance des services aux entreprises et aux personnes, niches d’innovations technologiques, urbanisation et équipement, loisirs. En 2004, les secteurs les plus créatifs ont été le commerce (41,9% des créations totales, contre 47,8% au niveau de la région) et les services (35,8%, contre pour la région).

IMMOBILIER

Montpellier paie la rançon de son attractivité : les prix grimpent en moyenne au-delà de 1 500 € le m2 et les lotissements fleurissent maintenant à près de 20 kilomètres du centre, là où le terrain est encore abordable. Pour la location d’un deux pièces, il faut compter 425 € mensuels en moyenne.

 

NÎMES LA ROMAINE

 

DÉMOGRAPHIE

Lors du recensement de 1936, Nîmes, riche alors de 93 000 âmes, surpassait ses voisines, y compris Montpellier. Aujourd’hui, avec 145 000 habitants, la préfecture ne peut plus se comparer à la préfecture de l’Hérault, qui compte dans ses murs autant d’habitants (230 000) que dans toute l’aire urbaine de Nîmes (220 000, répartis dans 23 communes). Il n’empêche, la population du Gard (623 000 habitants) a connu, pendant la décennie 1990, une progression deux fois plus rapide que la moyenne française et n’a cessé, depuis, d’accélérer le rythme.

CADRE DE VIE

Soleil et nature idyllique ne sont pas les seules richesses de l’ancienne cité romaine. Dotée d’une identité forte, dont témoignent les quelque 800 000 amateurs drainés par ses Ferias, la ville est restée à dimension humaine. Même noircies par les pots d’échappement, ses vieilles pierres, surtout, lui confèrent un charme avec lequel Montpellier ne peut rivaliser. Jean Bousquet, ancien maire, avait essayé de tirer parti de cet or gris, en ajoutant aux superbes arènes le magnifique Carré d’art de Norman Foster. Début 2006, la restauration des façades de la Maison Carrée a enfin été programmée. Les projets d’urbanisme du centre ville répondent, eux, à d’autres priorités. Témoin l’aménagement d’un espace de 9 hectares, Arènes-Esplanade-Feuchères. Mis en oeuvre après les dramatiques inondations d’octobre 1988, un Plan de protection prévoit également la réalisation d’une trentaine de bassins, à la fois de retenue et de stockage. Il manque encore un tramway, qui dissuaderait les voitures d’envahir le centre. En matière d’équipements sportifs et culturels, Nîmes, pourtant bien dotée, ne peut égaler sa voisine : elle ne se distingue que pour les stades et les courts de tennis municipaux. Par ailleurs, si la pression fiscale n’a pas augmenté dernièrement, elle est beaucoup plus forte qu’ailleurs.

TRANSPORTS

L’autoroute A9, dite La Languedocienne, met la ville à 25 minutes de Montpellier et l’A54, à 1 heure de Marseille. Certes, les Nîmois doivent rouler un peu plus pour se dorer sur le sable fin, mais ils sont à Paris en seulement 2h50 de train. L’aéroport de Nîmes, en revanche, s’est fait dépasser depuis longtemps par celui de la voisine.

ECONOMIE

Certains pensent que Nîmes a souffert d’avoir eu un maire communiste pendant près de 25 ans (1965-1983, 1995-2001). La bourde d’IBM n’est pourtant pas la seule en cause dans le retard nîmois. Ainsi, la crise industrielle a durement touché l’activité textile. En outre, son université, avec seulement 8 000 étudiants (4,3% de la population) et privée du statut «de plein exercice» (autrement dit, d’autonomie), n’a jamais eu la puissance de celle de Montpellier. L’ancien maire avait bien tenté de miser sur la culture, mais une certaine fuite en avant financière a fini de faire échouer cette stratégie. Du coup, pour attirer les entreprises, le nouveau met en avant son patrimoine, sa qualité de vie et ses secteurs de pointe.Avec, notamment un très bon pôle biotechnologique sur le parc Georges Besse (qui va passer de 15 à 30 hectares). Plus généralement, Nîmes compte 21 057 établissements, dont 38% dans les services, 37% dans le commerce, 11% dans l’industrie et 10% dans la construction. Parmi les secteurs les plus représentés, on recense le commerce de détail et la réparation d’articles domestiques, puis le secteur composé de l’immobilier, de la location et des services aux entreprises.

COMMERCE

Chiffre d’affaires en hausse (4,6% en 2004), emploi en augmentation (2%), création d’entreprises dynamique : tous les indicateurs commerciaux sont au vert. Ils témoignent de l’activité des supermarchés, qui prolifèrent en périphérie, et des magasins du centre-ville, où un animateur a été recruté pour dynamiser le commerce. Il faudra également compter, dorénavant, avec Carré Sud, un parc nouvelle génération dédié à l’équipement de la maison, de la personne et aux loisirs. La première tranche (23 000 m2, 44 enseignes) vient d’être inaugurée à Cap Costières. La seconde (28 000 m2) accueillera, à terme, une trentaine d’enseignes supplémentaires.

EMPLOI

Malgré un taux de chômage (13,6%) supérieur à la moyenne régionale, le bilan du marché du travail reste positif dans le Gard, avec une hausse de 4,1% du nombre d’emplois entre 2001 et 2004. C’est moins bien qu’à Montpellier, mais légèrement mieux que la moyenne française.

CRÉATION D’ENTREPRISES

En 2004, le Gard a enregistré un solde d’entreprises deux fois supérieur à la moyenne des dix années précédentes. Pendant cette période, plus du quart des sociétés créées ont concerné l’immobilier, les services et la location aux entreprises, notamment à cause de l’augmentation des agences immobilières. La construction a constitué le deuxième secteur le plus dynamique, suivi par l’agriculture et la pêche, puis le commerce de détail et de réparation d’articles domestiques. En matière d’accompagnement, on notera l’initiative originale de la CCI, qui lance cet été une sorte de pack payant destiné au nouveau créateur.Au menu : mini-formations thématiques, veille et information économique ciblées sur l’activité de l’entrepreneur et suivi individuel. Son prix devrait être «incitatif».

IMMOBILIER

Les loyers sont de 20 à 30% inférieurs à ceux de Montpellier dans la préfecture du Gard. Celle-ci est aussi la moins onéreuse pour l’achat d’appartements anciens (1 174 € le m2). Un deux pièces se loue 330 € mensuels en moyenne.

 

Sommaire numéro n°27

 


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