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SECTEUR

GREEN BUSINESS
LA NOUVELLE ÉCONOMIE

Revue PME Acquisitions d'Entreprises n° 30 - JUIN - JUILLET - AOÛT 2007

Ils ont les idées vertes mais aussi le sens des affaires. Zoom sur ces nouveaux entrepreneurs pionniers qui surfent sur la vague de l’écologie high-tech.

Laurent et Alexandre Sauvage, www.acquisitions-entreprises.comDes radars-lasers pour mesurer la pollution dans l’atmosphère, des outils de diagnostic ultra-précis des végétaux, des procédés biologiques de dépollution des sols… dans le domaine de l’environnement, les trouvailles ne manquent pas. La nouveauté, c’est que l’économie verte devient une affaire de business- men avertis. Car, après les laboratoires de recherche, les institutions publiques et les filiales dédiées de groupes ( Véolia, Suez, …) ou de grosses PME, ce sont désormais les entrepreneurs qui se mettent à surfer sur la vague écologique. Avec des jeunes pousses innovantes et souvent à fort potentiel de croissance.

«De plus de plus d’investisseurs pensent que l’environnement, c’est l’avenir», constate Alexandre Sauvage, fondateur de Leosphere. «Ma société, ce sont des business angels traditionnels qui l’ont financée». Ce patron de 34 ans, passé par Dauphine et titulaire d’un MBA, n’a pourtant rien de l’un de ces nouveaux patrons vernis venus du monde de l’internet. Hébergée sur le campus de Polytechnique, la société qu’il a créée en 2004 avec son frère, Laurent, chercheur en astrophysique atmosphérique, développe des «lidars», sortes de radars équipés de lasers pour scanner l’atmosphère et permettant de mesurer les polluants, la vitesse du vent (pour évaluer, par exemple, le potentiel d’un futur site éolien) ou encore les aérosols, autrement dit des effets des changements climatiques.

Bio-Basics : la dépollution au naturel

Sables goudronnés, étangs empoisonnés, nappes phréatiques gorgées d’insecticides, terrains contaminés par les évacuations chimiques des entreprises : «La problématique de la dépollution des sols a commencé à être prise en compte en 1998, quand le ministère de l’environnement a défini une méthodologie pour diagnostiquer et réhabiliter les sites concernés», explique Julien Troquet. A l’époque, cet ingénieur fait une thèse sur le sujet. «En 2000, mon projet d’études est devenu ma société, financée en fonds propres, mais aussi grâce à des partenariats avec plusieurs laboratoires». Basée, justement, dans un laboratoire de chimie, à Clermont-Ferrand, Bio-Basics développe des procédés de dépollution «in situ» : «que ce soit des eaux de surface ou sous-terraines, on les traite sur place, en incorporant des micro-organismes comme des bactéries. Cela évite d’avoir recours à des techniques plus lourdes, telles que l’excavation et le transport à la décharge», explique le jeune (32 ans) entrepreneur. Sa cible : les entreprises utilisant des produits chimiques, «des TPE aux groupes industriels de pétrochimie, de cosmétologie ou d’agroalimentaire», mais aussi quelques collectivités locales souhaitant réhabiliter des friches industrielles.
Un créneau sur lequel les concurrents sont nombreux, entre les petits indépendantes et les filiales de Veolia ou Suez. Pour se démarquer, la start-up a donc étendu son activité, de façon à «maîtriser toute la chaîne» : ingénierie, maîtrise d’œuvre (de ses propres technologies mais aussi en sous-traitance pour des procédés classiques comme l’incinération ou la décharge) et expertise (solutions sur-mesure). Enfin, ce spécialiste des sols, qui a racheté une entreprise de filtration par membranes, regarde également du côté du ciel, dans le cadre d’un projet avec l’aérospatiale. Au menu : «des procédés de recyclage des eaux et des déchets liquides dans l’optique des futurs vols spatiaux habités». Voilà qui devrait donner des ailes à cette petite société de 10 personnes, qui a déjà réalisé un million de chiffres d’affaires en 2006.

«Un lidar est moins lourd qu’un mât traditionnel, plus précis et peut prendre des mesures à trois kilomètres au-dessus du sol», explique Alexandre Sauvage. Ses clients ? Des chercheurs en atmosphère, des agences gouvernementales (Météo France) ainsi que des industries et sociétés de services dans le domaine éolien. Une cible somme toute réduite, mais juteuse pour la PME d’une quinzaine de sa salariés, dont le président espère multiplier par dix son chiffre d’affaires (1 million d’euros en 2006) en cinq ans.

De fait, nombreux sont ces chefs d’entreprise qui, comme Alexandre Sauvage, jouent les pionniers sur le marché de l’environnement. Comme lui, ils sont jeunes, plus diplômés que la moyenne, souvent bénéficiaires de subventions octroyées par le milieu de la recherche et du développement et misent sur une spécialité de pointe pour conquérir une niche.

La Silicon Valley
passée au vert
La tendance vient des Etats-Unis, qui prirent la vague verte avant tout le monde. «C’est le premier pays en terme d’investissement dans la recherche, y compris pour l’environnement», rappelle Philippe Jamet, attaché pour la science à l’ambassade de France à Washington. Aujourd’hui, même la Silicon Valley, fief de l’Internet, a subi la déferlante du green tech (technologies vertes), ou clean tech (technologies propres). Solaire, biocarburants, voitures à hydrogène ou encore efficacité énergétique : le boom des énergies renouvelables a vu émerger un business pesant plusieurs milliers de dollars. Avec des levées de fonds dignes de la grande époque internet - 275 millions de dollars investis au total en 2006.

En France, où l’environnement vient tout juste d’être mis au rang des priorités pour la recherche, une société comme Force-A, déjà capitalisée à hauteur de plus de 450 000 euros grâce aux dotations de plusieurs concours du Ministère de la Recherche, a levé récemment 2 millions d’euros supplémentaires auprès d’un fonds de la Société Générale. De quoi passer de la taille de jeune pousse à celle d’un baobab en un temps record !
C’est que la croissance des consoeurs yankee fait rêver. Comme celle de Nanosolar (panneaux solaires à bas prix), PME de 100 personnes créée en 2002 par un Martin Roescheisen qui n’hésite pas à claironner : «Nous allons devenir plus gros que Cisco !». Utopique, mais éloquent… Dans l’hexagone, quelques PME, déjà, sont passées à l’âge adulte avec succès, telle Eurofins, société nantaise devenue un groupe international spécialisé dans l’analyse appliquée aux sols ou la traçabilité des OGM. D’autres start-up, plus jeunes, en prennent le chemin. Seule différence avec leur consoeurs yankees, ou même européennes : pour elles, le salut viendra bien souvent de l’étranger.

Car ce sont encore les marchés extérieurs, associés aux dispositifs d’aides à l’innovation, qui permettent aux start-up tricolores de prendre leur essor. «La France est en avance dans les éco-technologies, elle est même très bonne sur certaines spécialités, mais reste en retard pour leurs applications», estime Alexandre Sauvage, qui réalise 90% de son chiffre d’affaires à l’export. Et le phénomène n’est pas nouveau.

epifluorescence, www.acquisitions-entreprises.com

Consommer vert,
ça coûte cher !
André Jean, fondateur de Clipsol (C.A. de 12,5 millions d’euros) en 1979, l’une des premières et encore l’une des rares entreprises françaises à fabriquer des panneaux solaires, peut en témoigner : «il y a toujours eu un décalage entre notre niveau technologique, le plus avancé de tous, et le développement du marché, à la traîne par rapport à des pays européens comme l’Allemagne, l’Autriche, la Grèce ou le Luxembourg». La faute, entre autres, à des aides (une installation solaire coûte cher) venues tardivement. Il y eut bien les primes de l’Adem (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), mais c’est la défiscalisation du matériel, en 2005, qui fit vraiment décoller l’activité : «mes ventes ont grimpé de 40% la première année et de 50% la suivante !», constate André Jean. Aujourd’hui, un million de foyers sont équipés…

«Le coût reste le frein principal. La conscience environnementale a beau être plus généralisée aujourd’hui, toutes les PME n’ont pas les moyens de cultiver leur image verte ou simplement de se mettre en conformité avec les règlements», explique Julien Troquet dont la société Bio-Basics (voir encadré) développe des procédés de dépollution des sols «les moins coûteux possibles».
Autre entrave tricolore à l’essor de la consommation verte : la souplesse de la réglementation. «Plus elle est stricte, comme dans les pays nordiques, plus la consommation des techniques est avancée», constate Julien Troquet. Et cela n’a souvent rien à voir avec le niveau d’industrialisation : «La Pologne, par exemple, impose des normes plus sévères concernant le rejet des eaux en milieu naturel».Un bel avenir pour l’agriculture durable.

Dualex, www.acquisitions-entreprises.com

Pour autant, la réglementation française, par le biais des DRIR notamment, s’est étoffée et commence par rattraper son retard. En outre, l’environnement n’est plus seulement la préoccupation de PME nanties prêtes à tout pour lustrer leur image. «Les patrons se rendent compte que plus ils prennent le problème en amont, plus ils sont susceptibles d’en retirer des gains économiques au bout du compte», affirme Julien Troquet. Du coup, tous les pionniers du vert ne misent pas sur les pays voisins pour prendre leur envol.

Ainsi, Force-A, qui élabore des techniques d’aide au pilotage de l’apport des engrais, trouve dans l’hexagone tous les débouchés dont elle a besoin : «sur le plan agricole, la France est le deuxième producteur d’Europe et le deuxième exportateur mondial derrière les Etats-Unis. Et l’industrie agroalimentaire y est la première activité en chiffre d’affaires», se réjouit son fondateur Jean-Luc Ayral, qui a récemment fait labelliser le SPL (Système Productif Local), Durapôle, un mini-pôle de compétitivité francilien dédié à l’agriculture durable et au respect de l’environnement (agriculture, énergies nouvelles, mesure de la pollution, traitement des déchets…).

Militants, nos futurs nababs de l’or vert ? «C’est vrai que nous faisons la promotion des technologies douces, mais mon entreprise est citoyenne plus qu’écologiste», nuance Julien Troquet, chez Bio-Basics. «Nous le sommes de fait et de conviction. En revanche, il s’agit plus d’éco-technologies que d’écologie», renchérit Alexandre Sauvage, dont la société lorgne également du côté de… l’aéronautique ! Le signe que, militante ou pas, la “green-tech” est prête à prendre son envol.

Anne
BERTHOD

Ayral et Cerovic, www.acquisitions-entreprises.comForce-A : le jardinage du futur

Imaginez une sorte de goutte à goutte inversé qui, au lieu d’hydrater la plante, en soutirerait des informations diverses (éventuelle présence d’une maladie, niveau de maturation…), déterminant ainsi les apports adaptés : c’est l’outil de diagnostic et de gestion appliqué au végétal, basé sur la mesure de la réaction du feuillage à la lumière, qu’a conçu la jeune pousse Force-A. «Notre capteur optique Dualex permet d’introduire les bons produits, engrais ou produits phytosanitaires, au bon endroit et au bon moment. Il peut également indiquer le moment parfait pour déclencher la récolte. Nous ciblons essentiellement les coopératives agricoles, mais aussi les responsables de terrains de sports, de golfs et les espace de loisirs», explique son président Jean-Luc Ayral.
Passé de l’industrie à une agriculture durable, de précision et respectueuse de l’environnement, cet ingénieur spécialisé dans les applications optiques a d’abord travaillé pendant 16 ans chez Thalès, puis rejoint Photonetics (instruments pour réseaux de fibres optiques). C’est la rencontre avec Zoran Cerovic, chercheur du CNRS expert en interactions lumineuses végétales, qui fut à l’origine de Force-A : «je cherchais une nouvelle idée, il cherchait un partenaire pour développer la sienne, brevetée en 2001». En 2006, Jean-Luc Ayral a réalisé 50 000 euros de chiffre d’affaires, dont plus de la moitié à l’export. Mais ne compte pas s’arrêter là. Son récent tour de table de 2 millions d’euros devrait lui permettre de «développer les équipes commerciales pour croître à l’international».Son objectif : «être leader sur ces technologies en Europe».

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