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CONCEPT
LaCie designer de l’informatique
Revue PME Acquisitions d'Entreprises n° 30 - JUIN - JUILLET - AOÛT 2007
Grâce à ses disques durs externes hyper lookés, cette PME parisienne s’est installée dans le top 3 mondial du stockage périphérique.

Il ne prend aucun appel téléphonique, ne reçoit que les mails transitant par l’adresse de son service RH, répond en une poignée de mots hâtifs et signe d’un expéditif «phs». Mais qui est donc ce Philippe Spruch pour être aussi difficile à joindre que Bill Gates alors que son entreprise, LaCie (prononcer Lassi), siège en plein cœur de Paris ? «Un goujat !», admet en plaisantant cet Alsacien débonnaire de 43 ans. Entendre le patron verni d’une PME en pleine croissance qui n’a jamais eu besoin de courtiser la presse pour faire parler de lui. Et n’a même jamais dépensé un euro de publicité ! Etonnant pour un constructeur informatique dont la spécialité, peu glamour a priori, est le disque dur externe, utilisé, notamment, pour stocker des photos, de la musique et des vidéos.
Il n’en demeure pas moins que ses produits sont les chouchous des pages shopping des magazines. Leur secret ? Le look. Figurent ainsi, parmi les nouveautés les plus prisées, le Skwarim, petit carré rose ou bleu fluo, les Bricks, pavés bleu-blanc-rouge s’emboîtant comme des Lego, ou encore le Rugged, disque dur tout-terrain équipé de pare-chocs en caoutchouc de plusieurs couleurs. Le premier est l’œuvre de l’Anglo-égyptien Karim Rashid, les suivants ont été conçus par le Français Ora-Ito et le dernier, dessiné par l’Ecossais Neil Poulton : autant de designers de pointure internationale qui prêtent régulièrement leur coup de crayon à La Cie - moyennant entre 20 000 et 50 000 euros le carnet de croquis ainsi qu’un pourcentage sur les ventes

Un tube signé Philippe Starck
Grâce au design inimitable de ses produits, cette PME de 450 salariés, dont une centaine en France, s’est hissée dans le top 3 international du secteur. Forte d’un chiffre d’affaires de 351 millions d’euros en 2006, LaCie tient donc tête à deux géants américains, Seagate et Western Digital. L’essor est d’autant plus fulgurant que la vocation initiale de la maison était à des années lumière de cette activité de design informatique.
Diplômé d’une école de commerce strasbourgeoise, formé au négoce international chez Sacilor et initié à la micro-informatique chez Assystem, Philippe Spruch créa Electronique d2 en 1989. Il ciblait alors essentiellement les professionnels de la communication (publicitaires, graphistes…). «A l’époque, il fallait avoir bac + 28 pour savoir comment augmenter la capacité de stockage de son ordinateur ! Seul Apple proposait des disques durs externes simples à connecter», se souvient-il. Marchant sur les plate-bandes du constructeur américain avec ses machines pour béotiens, il eut l’idée de cultiver la Apple attitude jusque dans le design.
«J’ai mis nos boîtiers en alu dans une boîte en carton que j’ai envoyée à Philippe Starck avec un petit mot disant : «voici la merde que nous fabriquons, pouvez-vous faire mieux ?» Il m’a répondu dans le quart d’heure !» C’est ainsi que, pour la modique somme de 10 000 euros, naquit le K1, un boîtier aux lignes épurées flanqué d’un bouton en forme d’œil, l’œil de Cain (d’où son nom). Vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, ce best-seller lui permit de racheter, en 1995, un rival américain, LaCie, nom dont il rebaptisa Electronique d2. Un an plus tard, la société rentrait en bourse.

Un «suceur de DVD»
Depuis, les grands designers comme Neil Poulton, Ora-Ito ou encore F. A. Porsche, le bureau d’études du constructeur, ont planché sur les modèles du fabricant français. Ce parti pris esthétique lui a permis de se distinguer de ses concurrents (environ une trentaine rien qu’en Europe), et ce pour un coût raisonnable (3 à 4 millions d’euros par an). Sans compter que LaCie fait encore des économies en sous-traitant 80% de sa production en Asie - mais seulement 60% du chiffre d’affaires, le reste étant réalisé grâce aux séries haut-de-gamme, assemblées à Massy et aux Etats-Unis. Résultat : ses articles sont à peine plus chers que ceux des concurrents.
Alors, forcément, ça marche. Avec 2,5 millions de produits usinés chaque année, soit 5 000 références au total, LaCie, qui s’est également lancé sur le créneau juteux de la clé Usb, s’arroge actuellement près du cinquième du marché mondial. Parmi ses tubes : le boîtier de 500 Go, dit le «suceur de DVD», que les jeunes s’arrachent, mais aussi des accessoires comme le Huby, surnommé le «pot de fleurs» : cette drôle de boule blanche plantée de câbles permet de relier son ordinateur à six périphériques différents, intégrant, au passage, ventilateur et lampe de bureau.
Au rythme de «4 innovations majeures par an», Philippe Spruch entend désormais développer des produits «plus techno-logiques, plus professionnels». Dans le même temps, il prévoit d’aller «draguer les particuliers chez eux, avec des accessoires de grande consommation, mais aussi plus chers, avec un prix moyen de 300 euros» - contre 130 actuellement.
Autant dire que cet Obélix du disque dur voit grand. Mais pas à n’importe quelles conditions. A 35 ans, le Pdg avait d’ailleurs pris sa retraite au soleil de Californie, à Berkeley. Revenu fin 2001, parce qu’il s’ennuyait, le fondateur (il détient 60% de LaCie) a mis la pédale douce. «Je gère en direct la recherche et le marketing, soit une cinquantaine de personnes. Les 400 autres, c’est mon bras droit qui s’en charge !» Cela ne l’empêche pas de voir grimper ses bénéfices avec la même constance (26 millions d’euros en 2006). Et d’espérer franchir, dans quatre ans, le cap symbolique du milliard d’euros de chiffre d’affaires…
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Carte d’identité
1989 : Philippe Spruch crée Electronique d2 1992 : lancement du K1, boîtier aux lignes épurées 1995 : rachat d’un rival américain, LaCie, nouveau nom de la société 1996 : entrée à la Bourse de Paris 1998 : Philippe Spruch s’installe à Berkeley, aux Etats-Unis 2001 : retour de cet exil ensoleillé 2003 : ouverture d’une unité de production en dur, à Massy 2005 : invention du Brick, disque dur modulable en briques multicolores 2006 : lancement du 500 go, du multiprises «pot de fleurs», du Rugged tout terrain 2007 : lancement des premiers hauts-parleurs FireWire alimentés par bus |
Anne BERTHOD
Sommaire numéro n°30
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