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CONCEPT
ENTREPRISE À LA CIME
Revue PME Acquisitions d'Entreprises n° 33 - Mars - Avril - Mai 2008
Avec ses cabanes
perchées dans les arbres,
Alain Laurens,
ancien publicitaire,
fait un malheur.
Zoom sur un business
qui prend de la hauteur

Que peuvent bien avoir en
commun le chanteur Renaud,
l’écologiste Nicolas Hulot,
le banquier Benjamin de
Rothschild ? Une cabane
dans leur jardin. Mais
attention : rien à voir avec
une remise à outils, ni
même un abri de fortune
bricolé par les enfants.
Non, la leur est une
véritable cabane en bois. Et
perchée dans un arbre, s’il
vous plait ! «Ce n’est pas un
effet de mode, c’est dans le
coeur de tout le monde. Avec une cabane,
mes clients réalisent leur rêve d’enfant»,
explique Alain Laurens. En créant La
Cabane Perchée, PME de 11 salariés
basée dans le Lubéron, à Saint-
Saturnin-lès-Apt, cet ancien publicitaire
de 60 ans a trouvé une idée en or : sa
société, qui a livré, depuis sa création en
1999, près de 120 de ces constructions
au sommet des arbres, génère
aujourd’hui un chiffre d’affaires d’1
million d’euros. Pas mal pour un
business basé sur un fantasme de
gosse !
«Comme tout le monde, quand j’étais
gamin, j’ai construit beaucoup de cabanes,
dehors ou sous mon lit, se souvient-il. Et
j’ai adoré l’histoire du Baron Perché,
d’Italo Calvino».

DES CABANES DE LUXE, AVEC CHAUFFAGE ET SALLE DE BAIN !
Quand, après vingt ans d’ancienneté au
sein de l’agence de publicité française
Lintass, ce Parisien décide
d’abandonner son fauteuil de président,
c’est dans le jardin de sa maison de
Bonnieux, dans le Vaucluse, qu’il décide
de se frotter à sa reconversion.
L’aspirant entrepreneur jette son
dévolu sur un gros pin d’Alep, bien
décidé à y construire une cabane. «Le
problème, c’est que je ne savais pas faire !
J’ai donc passé une centaine de coups de
téléphone dans toutes les écoles de France.
J’ai eu de la chance, quelqu’un m’a
rappelé !».
Ce quelqu’un, c’est Guislain André,
compagnon charpentier à Marseille : il lui reste six mois de cours pour
compléter ses formations, mais il
s’attelle immédiatement au projet. «En
trois jours, il a tout inventé : un concept
compliqué à réaliser, sans couper une seule
branche, sans planter aucun clou. En
Europe, nous sommes les seuls à savoir
construire ces cabanes». Le matériau
choisi est du cèdre rouge canadien, un
bois imputrescible, quatre fois plus
léger que le chêne et ne nécessitant
aucun entretien. Le résultat : un
ensemble doté d’un escalier, d’une
plate-forme et d’une pièce de 6 à 15
mètres carrés meublées, voir d’une
petite terrasse, qui épouse le tronc, se
fond dans le feuillage, à quelques mètres
au-dessus du sol - jusqu’à 14 mètres
pour la plus haute,en forêt de Rambouillet.
Un nid naturel et écologique, en
somme, mais également tout confort,
avec des meubles de style, une jolie
literie et l’isolation thermique… Les
modèles luxueux sont même dotés de
l’électricité, le chauffage et une salle de
bain !
Ce luxe a un prix : de 20 000 à 85 000
euros pour les plus sophistiquées.
Les clients ? Des professionnels de
l’hôtellerie souhaitant proposer à leurs
clients des nuitées originales, au milieu
des vignes de la presqu’île de Saint-
Tropez ou en forêt de Champagne.
Egalement des particuliers désireux de
louer des chambres d’hôtes. Mais aussi,
évidemment, de simples particuliers. Le
premier client de La Cabane Perchée fut
le photographe Yann Arthus-Bertrand,
le beau-frère d’Alain Laurens. Depuis,
les profils les plus divers se sont offert
une maison suspendue, des grands-mères
fortunées souhaitant offrir un cadeau à
leurs petits-enfants aux cadres dirigeants et autres rêveurs nantis soucieux de
prendre de la hauteur. «Je me souviens
d’un capitaine d’industrie, si excité qu’il a
interrompu son voyage d’affaires en Chine
pour venir voir monter sa cabane ! La
cabane est un refuge, on peut y cacher ses
objets fétiches, bouquiner, faire la sieste,
écouter de la musique, rêvasser… cela
touche une corde sensible chez tout le
monde».
«MES CLIENTS
SONT MES AMIS»
Au point que la plupart des clients
d’Alain Laurens, «des gens formidables»,
sont devenus des amis. «Vendeur de
cabanes, c’est plus amusant que vendeur
de piscines ! Quand j’arrive chez des
clients pour la première fois, avec le
dessinateur Daniel Dufour, l’accueil est
tout de suite chaleureux. Souvent, ils nous
invitent à rester déjeuner, nous racontent
leur vie, leurs envies». Et des amis,
l’entrepreneur en a aujourd’hui dans
toute la France,mais aussi en Suisse, en
Belgique, en Italie, en Espagne et au
Portugal. Et ce n’est pas fini. Car Alain
Laurens entend bien convertir les habitants d’autres pays à la cabane
attitude. «Pourquoi pas les Etats-Unis ?»,
songe même Alain Laurens. C’est que
là-bas, tout reste à faire, la mode de la
cabane canadienne, construite au sol,
elle, n’ayant pas encore gagné la
canopée. En outre, certains Américains
ne cachent pas leur intérêt pour les
plaisirs perchés à la française : l’été
dernier, un certain Tony Parker et une
certaine Eva Longoria auraient ainsi
suspendu leur bonheur au Domaine de
l’Orme (Ille-et-Villaine), dans une
cabane en l’air au confort, pour le coup,
plutôt rudimentaire.
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CABANE, MODE D’EMPLOI
La première étape consiste à repérer dans son jardin un grand arbre bien solide, pin, chêne,
hêtre ou platane, susceptible d’accueillir la cabane. Automne, hiver, printemps, été :
qu’importe la saison, on peut y construire une cabane toute l’année. Alain Laurens vient
ensuite inspecter l’arbre en question, accompagné de Daniel Dufour, qui vient prendre les
mesures afin de dessiner des aquarelles. Celles-ci sont soumises au client, avec le devis, un
mois plus tard. La cabane est ensuite construite en atelier, puis démontée, transportée et
remontée sur place. Cette installation finale dans le feuillage de l’arbre est la partie la plus
compliquée. Car il n’est pas question d’abîmer le végétal. Et les conditions (pluie, neige,
froid) ne sont pas toujours faciles. Ce travail d’orfèvre tient par la grâce de colliers
caoutchoutés, la suspension à des câbles et le support de poutres. Les plus grandes, plus
lourdes, reposent également sur des pilotis.Tout est fait de la façon la plus discrète possible,
les câbles électriques et les tuyaux d’évacuation étant cachés dans des
troncs évidés. Entre la commande et la réalisation, il faut compter
trois semaines pour une petite cabane, deux mois et demi pour les
plus grosses.
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Sommaire numéro n°33
Sommaire Dossier CONCEPT
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