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Revue PME Acquisitions d'Entreprises n° 33 - Mars - Avril - Mai 2008

Voitures, voyages, appartements… ce spécialiste de l’intermédiation dans l’achat/vente sur internet, sur le point de rentrer en bourse, s’est diversifié en rachetant à tour de bras. Objectif : devenir leader en Europe.

Priceminister, www.acquisitions-entreprises.comLes trois frères Hébrard auraient pu faire leur carrière comme salariés mais leur destin a pris la tangente en novembre 2000 avec l’idée de créer leur société, la fibre entrepreneuriale ayant été la plus forte. En 2007, leur principal objectif en toute modestie : «Maîtriser le marché des ventes à bas prix de produits blancs sur tout l’Hexagone». Il faut dire que ces entrepreneurs ont de quoi être fiers : Maismoinscher.com a multiplié son chiffre d’affaires par 33 en peu de temps. Une belle réussite pour une entreprise qui a moins de 6 ans d’existence.

A l’origine, il y avait seulement les livres, les disques et les DVD. Puis vinrent les produits high-tech du son et de l’image, auxquels s’ajoutèrent bientôt l’électroménager, le prêt-à-porter, le mobilier, le vin, la gastronomie et les voitures. Pour couronner le tout, se greffèrent enfin les voyages et même des… appartements ! Généraliste, PriceMinister ? «Non,multispécialiste », corrige Pierre Kosciusko- Morizet, co-fondateur et président de ce géant de l’e-commerce. En huit ans, la stratégie de cet HEC s’est avérée payante : son site, à l’origine dédié aux produits de la culture et des loisirs, a créé un véritable marché illimité de produits neufs déstockés et d’occasion sur internet, se plaçant comme un intermédiaire entre l’acheteur et le vendeur, que celui-ci soit professionnel (deux tiers des ventes) ou particulier. Les chiffres sont éloquents : 67 millions d’objets mis en vente (soit dix fois plus que sur eBay, où la mise en vente est payante, contrairement à PriceMinister), un million de visites par jour en France (30% de moins qu’eBay), 6,5 millions d’inscrits, plus de 10 000 ventes par jour… Et ce n’est qu’un début.A terme, la PME de 160 salariés entend devenir leader en Europe, où elle s’est déjà implantée en Espagne et s’apprête à débarquer en Angleterre. Depuis un an,PriceMinister s’est également diversifié de façon boulimique en rachetant à tours de bras. Et sa prochaine entrée en bourse, probablement au second semestre 2008, devrait lui permettre d’accélérer encore son développement. Il lui faudra bien cela pour faire face à la concurrence, de ebay à Amazon, en passant par Deuxfoismoinscher, racheté l’an passé par les catalogues 3 Suisses. Quant la société fut créée, PriceMinister n’avait pas de gros concurrent. «Ce fut notre chance», analyse rétrospectivement Pierre Kosciusko-Morizet.A l’époque, le jeune entrepreneur revient des Etats-Unis, où il a travaillé pendant un an pour la banque Capital One, et plus particulièrement dans le crédit à la consommation. «Là-bas, j’ai trouvé ma voiture,mon appartement et je payais mes factures d’électricité en ligne ! En France, on ne se servait pas encore d’internet dans la vie quotidienne. Quand j’ai créé PriceMminister en 2000, juste après l’éclatement de la bulle, j’ai été étonné qu’aucun fonds d’investissement ne souhaite me financer».

UNE LEVÉE DE 10 MILLIONS D’EUROS
Depuis, l’entrepreneur s’est rattrapé. Après trois levées, réalisées entre 2000 et 2002 auprès d’une soixantaine de business angels, d’un total de presque 3 millions d’euros, le fond 3i Equilvest a investi 10 millions d’euros en 2005. Cette année là, la société, passée de 45 à 115 salariés, s’est installée dans le 10e arrondissement parisien,dans une ancienne usine de fabrication de montgolfières :un espace étonnant et ultra lumineux,en forme de gros zeppelin, avec 2 200 mètres carrés de bureaux vitrés. Finis les murs et les cloisons. Désormais, tout le monde peut voir tout le monde, avec vue, au centre, sur une immense pelouse verte synthétique. «Il est important de faire partie d’un tout», commente Pierre Kosciusko-Morizet, dont le bureau, sorte de cabine-pilote accessible par un escalier en colimaçon, surplombe l’ensemble des bureaux.

DEVENIR «GROS», POUR UN MEILLEUR SERVICE
Plus facile, dans, ces conditions, d’intégrer les nombreuses pièces rapportées du groupe.C’est qu’en un an, PriceMinister a multiplié les acquisitions : Mixad/321 Auto (automobile), A Vendre A Louer (immobilier) et les sites de voyages Voyagermoinscher.com et Planetanoo. «Nous nous voyons comme un spécialiste de la mise en relation sur internet. Or, l’automobile et l’immobilier sont les deux piliers de la petite annonce», justifie le président. «C’est en nous imposant dans tous les secteurs, dans une logique de carrefour de trafic, que nous imposerons la marque PriceMinister, sorte de vaisseau amiral. Plus on sera gros,plus le service sera bon, plus les synergies de clientèles seront importantes». En attendant, toutes les marques du groupe sont conservées, à la différence de eBay ou Amazon. N’y a-t-il pas un risque de redondance ? «En réalité, nos marques sont complémentaires», répond le patron. Ainsi, pour les voitures, les particuliers qui ne veulent pas payer le prix de la petite annonce vont sur PriceMinisterAuto et non sur 321Auto, où elle est payante. En revanche, d’autres préfèrent que l’annonce soit payante, considérant que c’est un gage de qualité. Quant à AutoEvasion, le site, communautaire, est davantage tourné vers le partage d’informations. Bref, à chacun son créneau. «Nous voulons pousser les trois marques, qui attirent chacune 500 000 visiteurs par mois. Le but est de faire de PriceMinister une grande galerie marchande. Il faut y attirer les clients. Une fois qu’ils y sont, ils entreront dans les boutiques».

Ces différents sites permettent également de fonctionner selon plusieurs modèles économiques différents. Ne pratiquant pas de frais de mise en vente (l’essai de quelques mois pour les voitures n’a pas été concluant), PriceMinister se rémunère essentiellement par une commission sur la vente. Mais pour les voitures (en partie) et l’immobilier, le site se rémunère grâce à la publicité et l’abonnement des agences… Avec le rachat de Mixad, PriceMinister en a également profité pour lancer Speo.com, un moteur de recherche agrégeant non seulement les annonces automobiles du groupe, mais également celles de plus de 1000 sites spécialisés, dont ses concurrents directs : AutoReflex, Turbo.fr, eBay auto ou encore LeBonCoin.

LA COMPARAISON DE PRIX : «LE DOUBLE EFFET KISS-COOL !»
Enfin, grâce au rachat de la société Pandora, le spécialiste du commerce électronique entre particuliers a lancé son propre comparateur de prix : quand un internaute choisit un produit, PriceMinister lui indique les différents prix proposés sur d’autres sites. «Si c’est plus cher ailleurs, le client est encore plus motivé pour passer sa commande chez nous.Si c’est moins cher,nous passons pour un site honnête, ce qui nous fait de la publicité. C’est le double-effet kiss-cool !» Pour l’instant, ce comparateur de prix ne fonctionne que pour les produits culturels. Mais à terme, il devrait être décliné sur d’autres familles de produits. Comme ebay, Amazon ou Deuxfoismoinscher, PriceMinister est simplement en train d’inventer un nouveau métier, à cheval entre le e-commerce et la petite annonce. Un métier d’avenir, si l’on en croit le formidable essor des produits d’occasion mis en ligne par les particuliers. Même Ooshop, la boutique en ligne de Carrefour, s’y est mise. C’est dire !

Anne
CALLOT

maismoinscher, www.acquisitions-entreprises.com

Carte d’identité

2000 : création de PriceMinister
2001 : Mercure de la Création d’entreprise attribué par HEC
2002 : lancement des produits high-tech (son, image…)
2004 : prix start-up de l’année décerné par l’IE-Club
2005 : lancement de la rubrique automobile
2006 : mise en place d’un service de comparaison des prix. Filiale espagnole
2007 : rachat de Mixad/321Auto, voyagermoinscher, planetanoo et AvendreAlouer.Lancement deSpeo.com
2008 : une filiale anglaise et, peut-être, une entrée en bourse ?

Sommaire numéro n°30
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