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PORTRAIT

DAISY DOURDET
OU LE RÊVE D’UNE VIE RÉUSSIE

Revue PME Acquisitions d'Entreprises n° 33 - Mars - Avril - Mai 2008

Spontanée et discrète à la fois, Daisy Dourdet illustre l’exemple parfait du courage et de la persévérance, conjugués au féminin. Elle est un modèle et un mentor pour les femmes qui désirent vraiment réussir dans ce monde difficile de l’entreprise et elle fait réfléchir les pouvoirs publics sur la nécessité de soutenir l’entreprenariat au féminin. Portrait.

Laurent Edel, www.acquisitions-entreprises.com

«La situation est paradoxale en France : nous n'avons pas assez de femmes entrepreneurs, pourtant, celles qui se lancent dans l'aventure réussissent souvent fort bien», indiquait le 16 janvier dernier le secrétaire d'Etat en charge des Entreprises et du Commerce extérieur, Hervé Novelli, lors d'une rencontre organisée sur le sujet. Et le parcours de Daisy Dourdet lui donne raison. Le fil conducteur de sa vie peut être résumé en une formule : «La passion du travail». Pour aller jusqu'au bout de cette passion, elle a choisi d’adopter la liberté de l'entrepreunariat. Et tout a parfaitement fonctionné ! Son parcours singulier mérite d’être raconté. Car dans un monde où il est toujours rare de dénicher des femmes à la tête des entreprises - le terrain étant largement occupé par les hommes - et dans un domaine où il est n’est pas aisé de se faire une place au soleil - la distribution de pneumatiques - trouver cette femme étonnante est un réel bonheur. Parlez lui de réussite, elle répond parcours fait de renoncements et de concessions. «Lorsque je me retourne pour retrouver l’adolescente que j’étais en 1957, je suis étonnée d’être là pour évoquer ma vie de femme et l’originalité de mon parcours», dit-elle en souriant.

Daisy Dourdet, 6ème d'une famille de 7 enfants, est née dans une famille immigrée en Tunisie de longue date. Son père était fonctionnaire, sa mère femme au foyer. «J’ai été élevée comme en France, sous la seule réserve du respect des traditions de ce pays, notamment en ce qui concerne l’éducation stricte des jeunes filles. Par ailleurs, les exigences parentales étaient nombreuses dont au premier plan : le respect, la générosité, la solidarité et le travail», raconte-t-elle.Après son bac elle se dirige vers des études paramédicales dans une école d’assistance aux malades. «Dans le but, non de travailler mais d’acquérir une éducation rigoureuse afin de devenir une bonne épouse et une bonne mère», souligne-t-elle. A l’époque les mentalités évoluaient peu et les filières ouvertes aux femmes se comptaient sur les doigts d’une main, la fonction ultime et prestigieuse restant en effet celle d’épouse puis de mère.

CONCILIER FAMILLE ET TRAVAIL
En 1957, l'indépendance de la Tunisie contraint sa famille à rejoindre la France avec pour seuls bagages, quelques valises de vêtements. Et l'adolescente découvre un pays et une vie qu'elle ne connaît pas. Contrainte d’abandonner ses études paramédicales, ses parents n'ayant plus les moyens d'assumer cette charge, elle s’inscrit à l’école Pigier. «Pendant un cycle de 6 mois, j’apprend pour acquérir le maximum de connaissances en comptabilité et gestion afin de trouver un emploi au plus vite». Mais c’était sans compter sur les traditions familiales : une femme mineure ne travaille pas. «Seul un miracle pouvait me sauver et ce miracle fut Michel, mon futur mari qui était à l’époque représentant, et sans l’accord de nos parents qui n’y auraient jamais consenti, nous décidons de larguer les amarres et de bâtir ensemble une nouvelle vie. Nous avions respectivement 19 et 21 ans». Début difficile. Pour éviter de se séparer, ils commencent leur vie de jeune couple dans une caravane. Un petit coin ambulant qui sera tout de même leur porte-bonheur. En 1959, ils font escale sur le Mail à Rennes. «J’avais rendez-vous à la clinique de la Sagesse pour donner naissance à notre premier enfant. Mais nous n’avions pas le droit d’être là. Pour les autorités nous étions des nomades et dès 7 heures du matin, on nous a prié de quitter les lieux». C’est le maire de Rennes, attendri par tant de détresse, qui leur prête un terrain. «Je n’ai jamais oublié ce geste de bonté qui est sans doute à l’origine de mes futurs engagements politiques locaux».

C’est à Rennes qu’aura lieu leur rendez-vous avec la réussite. «Nous aimions les voitures, la mécanique et nous avions observé un marché de négoce de pneus sans réelle concurrence avec une offre de services non renouvelée et somme toute, peu innovante». Et son statut d’aujourd’hui l’autorise à revenir sur l’artisanat des premières années : «Nous avions faim et soif de vivre avec l’envie chevillée au corps de nous en sortir». Ils prennent rendez-vous avec un manufacturier américain absent ou presque sur le marché breton et lui garantissent un développement rapide des ventes auprès des professionnels, des transporteurs et des particuliers. «La contrepartie étant qu’il donne sa garantie morale à notre banquier pour que celui–ci accepte le financement de notre installation. C’est ainsi que nous avons démarré avec 7 500 € d’emprunt». Un petit pécule qui va financer leur projet. Ils n’ont en effet pas d’ami riche sous la main prêt à faire office de généreux mécène pour leur permettre d’aller au bout de leurs rêves.

On est en 1969. Ils créent la société SOS Pneus.Daisy en devient Présidente. Peu de repos pour cette jeune mère de famille. Il fallait aller à la recherche des clients potentiels. Une prospection de longue haleine dans une période difficile. Il faut reconnaître que l’entreprise doit surtout sa réussite à la force de caractère du couple qui ne recule devant rien. Leur désir d’apprendre, de découvrir et de réussir donnera du tonus à SOS Pneus. Comme leurs trois enfants, la société grandit. Le couple orchestre son développement en interne et en externe par le rachat d’entreprises et c’est ainsi que salariés et points de vente se multiplient. Le développement est tellement spectaculaire que la société provoque l’intérêt d’un groupe financier qui se porte acquéreur de l’entreprise en 1989 pour 2 milliards d’euros. Quelle est la clé de cette réussite ? Daisy Dourdet répond que le plus fondamental est d’avoir eu assez de volonté et de confiance en soi pour porter le projet jusqu’au bout. Mais c’est aussi cette entente parfaite entre deux personnages complices.

LA CAUSE DES FEMMES
Après la vente de leur société, le couple, en bons professionnels du secteur, reste aux commandes de plusieurs sociétés spécialisées dans le pneumatique telles que Vulcopneu (Filiale de Dunlop France), aujourd'hui, sous la férule de Pneus Good Year. Puis, en 1990 arrive le temps du repos bien mérité. «Pourtant, après deux années sabbatiques, je ne supportais plus d’être orpheline de l’entreprise. Je crée alors un cabinet conseil, Tonic Environnement, où je donne libre cours à mes envies». Elle devient spécialiste des entreprises en difficultés. «Je travaille également à la prévention des nuisances et des pollutions liée à l’utilisation des véhicules et j’enseigne le tri sélectif au poste de travail dans le respect de l’environnement».Tout un programme qui ne l’empêche pas de prendre une participation dans le capital d'un holding financier pour l'achat de la SA Vulcalor, société industrielle spécialisée dans le rechapage de pneus destinés à l'usage agricole et aux véhicules utilitaires. Elle en devient l'un des administrateurs.

«Dans le même temps, je deviens Juge au Tribunal de Commerce de Rennes et en 2001 je me présente à la fonction de Maire dans ma commune d’Acigné. Depuis 2004, je suis Vice-présidente d’une Mutuelle de santé». Cette véritable femmeorchestre ne s’arrête pas là. En 2004 elle est déléguée par le Président du Conseil du Commerce de France auprès du groupe de travail sur l'égalité professionnelle homme-femme. En 2005, elle est déléguée régionale Bretagne de l’association Vivent les Femmes et enfin en 2006, elle fonde l’association Entreprendre Ensemble. Dans le même temps elle s’engage pour la cause des femmes qui veulent voir leurs compétences reconnues et appréciées, avec la création d’un fonds d’investissement de proximité dédié aux femmes : Le Fonds d’Investissement de Bretagne, avec Florent de Kersauson en principal animateur. On l’a compris, la cause des femmes lui tient à coeur. «Elles ne doivent pas avoir peur d’entreprendre» dit-elle. «Elles sont souvent plus organisées, plus humaines et moins obnubilées par le pouvoir. Les femmes sont peut-être peu nombreuses à se lancer dans la création d'entreprise,mais celles qui le font réussissent particulièrement bien et elles vont au bout de leur projet».

Daisy Dourdet est un peu l’archétype de la femme «agaçante». Pourquoi ? Parce que c’est le genre de femme à qui tout sourit : elle est intelligente, élégante, raffinée, mère de trois fils chefs d’entreprise, active dans la vie de la Cité, heureuse en affaire et par dessus le marché, dans la vie. Elle fait reculer l’idée reçue qu’être femme et mère serait difficilement compatible avec l’emploi du temps, le stress et les responsabilités d’un chef d’entreprise. «Je voudrais rappeler que la famille, les enfants, l’amour sont des moteurs, pas des contraintes». Cette femme hors du commun confirme que la multiplicité des statuts, inhérente à la condition féminine, est un des principaux atouts de la dirigeante d'entreprise. La mission que Daisy Dourdet s’est fixée est de faire rêver les femmes et il faut reconnaître qu’encore une fois sa mission est accomplie. Anne

LES DERNIERS MANDATS DE DAISY DOURDET

• Membre de l’Agence pour la Création d’Entreprises (APCE) d’octobre 2003 à juin 2006
• Magistrat Consulaire au Tribunal de Commerce de Rennes jusqu’en 2001
• Membre du Bureau National (Trésorière Nationale) et administrateur du Conseil National de l'Union Européenne Féminine (UEF) et Conseillère en charge de la communication interne auprès de la Présidente
• Elue Consulaire à la Chambre de Commerce de Rennes jusqu'en octobre 1997 et membre de la commission «Commerce»
• Administratrice du Comité Economique et Social du Pays de Rennes et membre de la commission Emploi-Formation jusqu'en octobre 1997.
• Administratrice de l'Association «Sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence» jusqu'en juin 1997

SES DISTINCTIONS
• Chevalier dans l'Ordre National de la Légion d'honneur, décoration décernée au titre de l'entreprise par le Président de la République Jacques Chirac
• Madame Commerce de France : Lauréate 1988 du grand prix du Conseil National des professionnels de l'Automobile et prix du Président René Bernarsconi

Propos recueillis par
Anne CALLOT

Sommaire numéro n°33
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