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ENQUÊTE

LES SENIORS créent leur boîte

Revue PME Acquisitions d'Entreprises n°38 - Juin - Juillet - Aout 2009

La crise semble être propice à la création d’entreprise et les seniors contournent le chômage en devenant patrons. Tour d’horizon avec Patrick Chassagne, Associé fondateur de Melcion, Chassagne & Cie.

Cadre dans une grande entreprise, Thierry Milles sait qu’il est sur un siège éjectable suite aux rumeurs de fusion qui courent dans sa société. Il a 52 ans et n’a aucune envie d’attendre une restructuration qui l’enverra pointer au chômage. Il décide alors de négocier au mieux son départ pour créer sa propre entreprise. Nous sommes en 2007.Aujourd’hui sa PME réalise un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros dans le secteur de la sécurité. «Cet entrepreneur ressemble tout à fait aux personnes que nous rencontrons dans le cadre de notre activité. Il y a ceux qui, si on leur donne le choix entre la direction d’une filiale d’un grand groupe ou la création de leur entreprise, choisissent la filiale pour la sécurité. Mais l’immense majorité recherche une entreprise à vendre ou crée leur propre structure», explique Patrick Chassagne. Et d’ajouter que ce sont les plus âgés les plus déterminés à abandonner le salariat. «Le senior voit dans la reprise d’une entreprise le moyen de sécuriser son avenir car il constate qu’il n’a plus l’espérance de progresser dans l’entreprise qui l’emploie ou tout simplement qu’il n’est plus employable. Mais il y a également ceux qui, motivés par le désir d’indépendance, font le choix d’une deuxième vie». Et à cet âge, on a des compétences, de l'expérience et du réseau. Avec, en principe, moins de contraintes familiales et financières : les enfants ne sont plus à charge et les crédits sont remboursés.

le choix d’une deuxième vie

Sur un total de 327 000 créations d’entreprises enregistrées en 2008, plus de 50 000 créateurs d’entreprise ont 50 ans ou plus. Et si l’on en croit une récente enquête de l’IFOP-ACFCI, 2,5 millions de seniors envisagent de les suivre dans cette aventure. Mais qui sont-ils ces seniors ? 81% d’entre eux ont moins de 60 ans. 34% des créateurs de plus de 50 ans sont à l’origine demandeurs d’emploi et seuls 8% estiment avoir vécu la création comme une contrainte. Ils sont 20% à avoir déjà créé dans le passé et à récidiver après 50 ans. Plus de la moitié d’entre eux en sont au moins à leur 3ème création d’entreprise. Si la grande majorité des seniors ne créent pas dans la contrainte, il ne s’agit pas non plus d’un acte spontané. En effet, pour la plupart des dirigeants seniors anciens demandeurs d’emploi ou salariés, la création est intervenue après un événement déclencheur : un changement professionnel ou une situation professionnelle peu satisfaisante. Le plus souvent, cet élément incitatif les pousse à concrétiser une idée ou un projet qu’ils avaient en tête depuis des années. Mais en cette période difficile, 77% estiment que la crise est un frein contre 21% une opportunité.

Une autre particularité : ils sont motivés. 23% des nouveaux dirigeants seniors ont choisi de quitter leur emploi de salarié à 50 ans et plus pour se lancer dans l’aventure de la création d’entreprise, le plus fréquemment dans un secteur d’activité où ils ont déjà une expérience professionnelle (69%). «En règle générale, ils ont le réflexe d’acheter une entreprise dans les secteurs qu’ils connaissent bien. C’est en effet plus facile d’entreprendre dans un secteur qui vous est familier», souligne Patrick Chassagne. «Mais ils sont plus réalistes que les plus jeunes qui sont souvent des entrepreneurs obsessionnels avec une idée très forte du secteur dans lequel ils veulent créer.A contrario, certains seniors n’hésiteront pas à sortir de leur secteur de prédilection s’ils entrevoient quelques chose d’intéressant à faire».

«Dans la création d’entreprise, les plus jeunes appréhendent mieux les secteurs que l’on peut dire «chaotiques» tels que l’éolien, la protection de l’environnement. Les plus âgés privilégient des secteurs dits traditionnels tels que l’industrie, la logistique, l’industrie agroalimentaire. Les jeunes rechignent à fabriquer du saucisson en Ardèche, les plus âgés pas du tout», souligne Patrick Chassagne. Lorsque la création vient en réaction à une situation précaire, elle est considérée comme moins risquée que le chômage et comme une solution durable pour assurer son propre emploi. Peu de créateurs seniors souhaitent créer pour se développer (seuls 14% emploient des salariés au démarrage de l’activité), alors que 63% créent pour assurer leur emploi. «Les seniors prennent autant de risques que les plus jeunes qui sont parfois meilleurs gestionnaires que leurs aînés. Un futur créateur qui a connu le salariat pendant 20 ans apprécie sa liberté et parfois, un peu trop grisé, il fait des erreurs de gestion», estime Patrick Chassagne.

des motivations profondes

Les seniors qui créent leur entreprise veulent faire bénéficier les plus jeunes de leur expérience et de leurs compétences. 34% plébiscitent cet objectif et placent la transmission au premier plan de leurs motivations. Bien souvent ils ne sont pas obligés de créer par besoin financier, mais ils créent avant tout pour conserver une activité. Ils ont atteint une certaine maturité dans leur parcours, ils savent ce qu’ils valent, quelles sont leurs compétences. Acquis et expériences leur permettent de se sentir plus en confiance, plus crédibles en tant que chef d’entreprise. Si bon nombre de chefs d’entreprise seniors connaissent des difficultés ou ressentent des insatisfactions, la plupart d’entre eux n’ont aucun regret et sont prêts à recommencer.

Selon le baromètre IFOP-ACFCI, l’envie de créer des Français est aujourd’hui encore plus forte : ils étaient 21% en 2007, 29% en 2008 et sont désormais 31% en 2009. Quant aux seniors, ils sont 12% à envisager de se lancer dans l’aventure… et ce chiffre grimpe à 18% pour la tranche des 50-64 ans. 38% d’entre eux ont un projet précis. 63% pensent passer à l’acte dans les 2 ans. «Il y a moins de femmes dans les entrepreneurs de 50 ans et plus que chez les moins de 30 ans. Mais les femmes seniors que l’on rencontre ont des qualités d’endurance et de la rigueur. Elles ont une approche humaine différente de celle des hommes. Elles ont un grand rôle à jouer», conclut Patrick Chassagne.

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