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FEMME

PATRICIA ELBAZ son entreprise ne connaît pas la crise

Revue PME Acquisitions d'Entreprises n°38 - Juin - Juillet - Aout 2009

Ses sandales font le pied très spartiate, ses cuissardes 3313 sont plébiscitées, ses bottes vintages font fureur. En 10 ans, Patricia Elbaz a su se faire une place sur le marché de l'accessoire féminin. Coup de flash sur le parcours de cette interprète de la chaussure. Sa griffe : Pastelle by Patricia Elbaz

vec une décontraction déconcertante, Patricia Elbaz a forgé le caractère de sa marque reconnue dans le secteur de la chaussure. Une performance dans un milieu où la concurrence est rude, où les modes passent aussi vite que les collections. A 46 ans, elle dirige d’une main de velours l’entreprise fondée avec son mari, Pascal Elbaz qui crée les collections pour hommes. A mille lieues de la créatrice dictatoriale, elle reçoit dans son bureau de verre dont les portes sont ouvertes en permanence. Ses collaboratrices affichent des records d’ancienneté. Certaines sont arrivées en même temps qu’elle dans la maison. Son assistante témoigne : «travailler avec elle est une chance et on forme une véritable famille». Même son de cloche chez l’attachée de presse de la société, Dorothée Huart : «elle est très attachante et c’est une vrai pro». Patricia Elbaz toujours souriante, jamais cassante, souligne qu’à son avis «on ne peut bien travailler qu’en équipe et dans une bonne ambiance. J’ai beaucoup d’amour dans ma vie et ça m’aide à me surpasser». Il faut le préciser, cette femme a du tempérament et une des clés de sa réussite est sûrement sa joie de vivre mais aussi son grand pragmatisme.

Son entreprise fête ses 10 ans cette année. Pourtant on pourrait faire remonter l’histoire à 1955, date à laquelle son père s’installe en France comme fabricant de chaussures. «J’ai vécu dans le cuir toute ma jeunesse et mon père m’a transmis sa passion». L’empreinte génétique se précise lorsque l’on apprend que dès l’âge de 16 ans elle tenait le magasin de chaussures de ce père disparu trop tôt. Un véritable drame pour cette femme sensible. Pas étonnant donc que l’on retrouve aujourd’hui dans les modèles de la maison l’héritage antérieur à la création de la marque. Cette histoire donne à Pastelle by Patricia Elbaz le pedigrée d’une entreprise mature avec une expérience des peausseries - fierté de la créatrice -, une maîtrise du travail mais aussi une jeunesse et une fougue pour faire évoluer les choses sans pour autant faire table rase du passé, bien au contraire. Car c’est là qu’elle a appris ce que signifiait le respect d’une charte qualité très stricte.

+ 30% de chiffre d’affaires

Patricia se souvient : «lorsque mon mari a démarré la société, sa walabi a immédiatement fait un tabac . Cette chaussure montée et cousue à la main, ultra souple, s’est vendue à 850 000 exemplaires et sa notoriété perdure encore aujourd’hui». Succès identique pour la botte 3313 conçue par et pour Patricia : «en travaillant sur le modèle, je me suis aperçu qu’il prenait la forme de ma jambe avec une empeigne très longue, lacée pour laisser de l’aisance au mollet. C’était inconscient mais j’avais réactualisé la botte d’archer médiévale». Elle ne s’est pas trompée : 80 000 exemplaires de la 3313 se vendront en peu de temps. «Mon modèle très copié a d’ailleurs donné lieu à quelques procès». Aujourd’hui Patricia Elbaz fait le maximum pour se renouveler. Ses modèles sont tout un mélange de classicisme et de détournement. «Je peux rester tout une journée dans un café à regarder les pieds des clients. J’écume les videsgreniers et les brocantes pour trouver des modèles anciens». Elle avertit : «Je joue sur le côté traditionnel, le côté glamour et le côté rock’n’roll». Déconstruire pour mieux reconstruire, adapter l’ancien, repenser le vintage, tel est son credo. On lui présente un cuir. Elle joue avec, le façonne, le froisse et y voit tout de suite un vrai potentiel. Elle déniche le vieux cabas de sa grand-mère. Elle en fait une besace en cuir très tendance. Et ses santiags en cuir souple à l’aspect vieilli sont une véritable réussite.

«J’emprunte beaucoup au passé sans en mettre plein la vue. Je n’aime pas la mode tapageuse mais j’aime brouiller les pistes et surtout je veux que toutes les femmes, de tous milieux et de tous âges, portent mes modèles». Pour chaque collection elle réunit les femmes de sa famille, et lorsque sa nièce de 15 ans et sa belle-soeur de 50 ans tombent d’accord sur un modèle, elle sait que le pari est gagné. Loin de se perdre dans les excès de la créativité, elle garde les pieds bien sur terre. Surtout lorsqu’elle saute du très chic au super sympa avec des produits à prix modéré pour ses fans qui n’ont pas les moyens. «La mode doit être accessible à tous». Et en aparté, elle ajoute doucement que le luxe doit être désacralisé. Elle a opté pour une fabrication européenne qu’elle supervise lors de ses nombreux déplacements. «Nous avons privilégié l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Pour les sandales été nous avons choisi le Brésil car ils sont très spécialisés». Cette femme combative semble avoir un don pour déceler ce qui va marcher. Elle cogite tout le temps et sait très bien ce qui sera rentable pour sa marque.

Pastelle résiste à la crise

Car l’entreprise est rentable. Un véritable défi en cette période perturbée. «Notre chiffre d’affaires a augmenté de 30% et je m’apprête à embaucher 5 personnes. La crise me donne des ailes, elle me stimule. C’est un vrai moteur car j’adore me battre», raconte Patricia Elbaz. Un exemple : «j’ai voulu mon mari. Et bien je l’ai eu !» souligne-t-elle en riant. En ce moment elle met la dernière touche à sa nouvelle collection de prêt-à-porter qui sera distribuée au début de l’automne. «D’esprit american-vintage, de fabrication française, pour compléter notre offre. Elle sera diffusée dans les boutiques qui vendent déjà nos chaussures». Aujourd’hui elle tient à faire grandir sa PME et à la faire évoluer. En ligne de mire : un nouveau show-room au coeur de la capitale en plus du siège social basé à Aubervilliers, un corner aux Galeries Lafayette et un site de vente en ligne opérationnel dès l’été. Patricia Elbaz croit au bon timing et ne veut pas en faire des tonnes mais elle envisage d’ouvrir des magasins en propre puis un jour peut-être… la franchise.

On peut affirmer que Madame la Pédégère est au 7ème ciel. Elle dirige une entreprise rentable en adéquation avec les réalités de son secteur.On ne résiste pas à l’envie de lui dire que ses collections reflètent sa joie de vivre. Certainement émue, la créatrice vous sert la main chaleureusement avant de repartir dans ses bureaux de verre.

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